Comment la modernité déforme l’esprit humain et la fitra

Nous vivons dans une société qui nous coupe de nos instincts humains fondamentaux. Elle le fait de deux manières principales.

Premièrement, on nous apprend à suivre exclusivement notre “intellect”. Mais l’intellect est défini comme étant uniquement lié au matérialisme, au scientisme et à la logique. On nous apprend que si on ne peut pas voir,  toucher ou entendre quelque chose, cette chose n’existe pas et n’a même pas de sens. La seule véritable façon de connaître le monde est de faire appel aux cinq sens corporels, tout en découvrant de nouveaux faits en utilisant la méthode scientifique. Ce que nous découvrons grâce à ces méthodes rationnelles et logiques c’est ce qui est finalement vrai et réel. C’est ce que nous savons.

Même le terme scientifique désignant les êtres humains en tant qu’espèce, “homo sapiens” se traduit par “celui qui sait”.

Tout ce qui dépasse le matérialisme scientifique est considéré comme non intellectuel, irrationnel et même comme une pure superstition. Ce que l’on pourrait croire savoir sur Dieu, la morale, la façon de mener une vie vertueuse, etc. n’est pas réellement de la connaissance. Ce sont plutôt de simples croyances. Chacun a droit à ses croyances, bien sûr, mais c’est une folie de prétendre que ces croyances sont au même niveau que les connaissances vérifiées par la science. La distinction entre savoir et croire est comme le jour et la nuit, et seule la science matérialiste est une véritable connaissance, tandis que la religion ne peut être qu’une question de croyance et, par conséquent, d’opinion subjective personnelle.

Gabor Maté, un psychologue contemporain, déplore la séparation artificielle entre notre intellect et ce qu’il appelle nos “intuitions”. Maté soutient que la cognition/les facultés intellectuelles reposent sur un socle d’émotions et d’instincts. Séparer la pensée rationnelle des sentiments intuitifs est paralysant, car les intuitions peuvent également être une source de connaissance du monde et de nous-mêmes. Lorsque nous nous entraînons à ignorer ou à supprimer impitoyablement nos intuitions de manière répétée, nous en savons de moins en moins.

L’idée que les intuitions puissent être une source de connaissances semble bizarre pour ceux d’entre nous qui ont été endoctrinés par le matérialisme scientifique. Mais cela a du sens, tant sur une base profane qu’islamique. Sur une base purement profane, les êtres humains sont des créatures évoluées. Les intuitions ont évolué en raison de leur capacité à «donner un avantage de survie à un animal». Cet avantage ne peut être obtenu que si les intuitions sont d’une manière ou d’une autre liées à la réalité de manière significative. En raison de ce lien avec la réalité, les intuitions peuvent être une source importante de connaissances (et cela n’est pas nié par le fait que certaines intuitions peuvent parfois être trompeuses).

Sur le plan islamique, nous n’avons pas à accepter cette explication évolutionniste. Nous savons qu’Allah a créé les êtres humains avec les capacités corporelles nécessaires pour survivre et s’épanouir/prospérer dans cette vie et dans la suivante. Ces capacités comprennent les cinq sens, l’intellect et les instincts. Et le plus important de tous les instincts est la fitra.

Outre le fait de ne pas tenir compte de l’intuition, la modernité nous pousse à donner la priorité aux désirs les plus bas. Avec des slogans comme “Just do it” (“Juste fais-le”, sous entendu lance toi et ne te pose aucune question) et “On n’a qu’une vie!”, nous échangeons ce que nous savons être bon et vertueux, pour ce que nos passions capricieuses et temporaires.

“Cédez à vos désirs”, nous dit-on de manière suggestive dans les chansons, les films et les livres. Vos désirs matériels, sexuels et physiques sont tous “naturels” et “innocents”, nous dit-on. Et il est juste de les suivre et de les satisfaire. Vous devez être votre vrai moi, même si être votre vrai moi signifie que vous êtes un homme dans un corps de femme, ou vice versa. Suivez vos sentiments ! Sinon, vous êtes refoulé, anormal et malsain. La satisfaction de vos moindres désirs vous rendra heureux. «Just Do It!»

Cette double insistance sur le matérialisme scientifique et la poursuite de désirs basiques a faussé la fitra humaine.

La fitra (الفطرة) est ce qu’Allah a placé en chaque être humain, une connaissance instinctive. Chaque être humain naît avec une fitra saine et fonctionnelle, et si elle est suivie, cette fitra amènera l’être humain à la conclusion indubitable qu’il n’y a qu’un seul Créateur et que nous devons l’adorer seul. Nous sommes programmé pour croire en Dieu et suivre le bien.

“Dirige tout ton être vers la religion exclusivement [pour Allah], telle est la nature qu’Allah a originellement donnée aux hommes -pas de changement à la création d’Allah -. Voilà la religion de droiture; mais la plupart des gens ne savent pas.” (Sourate Ar-Rum, 30)

Le prophète Muhammad ﷺ nous enseigne dans un hadith bien connu :

“Chaque enfant naît en état de « fitra », mais ce sont ses parents qui en font un juif ou un chrétien.”

Dans le cas du modernisme, la connaissance (par la méthode scientifique) est opposée à la croyance (spéculations personnelles non prouvées).

Mais Allah les oppose différemment :

“alors qu’ils n’en ont aucune science: ils ne suivent que la conjecture, alors que la conjecture ne sert à rien contre la vérité.” (Sourate An-Najm, 28)

La connaissance contre la spéculation.

La connaissance, au vrai sens du terme, ne peut venir que de Celui qui est Omniscient, de Celui qui a la connaissance la plus profonde et la plus englobante du monde, et qui ne peut, par définition, être que le Créateur de ce monde. Les non-créateurs, en revanche, ne peuvent que spéculer parce qu’ils s’appuient sur des sens et des capacités épistémologiques finis. Les sens humains et l’empirisme, en général, sont tellement limités que nous ne savons même pas ce que nous ne savons pas !

Pour cette raison, la vraie connaissance vient de la révélation d’Allah sur les domaines visibles et invisibles, ainsi que des voies épistémologiques autorisées et confirmées par cette révélation, comme la fitra. Tout le reste n’est en fait que spéculation.

Outre notre fitra, nous avons aussi quelque chose en nous qui s’appuie sur les désirs les plus vils : al-Nafs al-Ammara bi-s-Su’ – النفس الأمارة بالسوء, la partie du moi qui nous commande vers le mal, l’indécence ou l’immoralité. Nous l’avons et nous devons la combattre. Ce n’est qu’en la supprimant que nous sommes en bonne santé et heureux, ce qui est exactement le contraire du message de la société moderne. L’Islam nous apprend à contenir les désirs les plus bas alors que la société veut que nous les célébrions.

Allah nous en informe dans le Coran :

“Et Allah veut accueillir votre repentir. Mais ceux qui suivent les passions veulent que vous vous incliniez grandement (vers l’erreur comme ils le font). (Sourate Al-Nisa, 27)

Le mécanisme correcteur pour le cas où nous dérapons et tombons dans la suggestion de notre nafs qui commande vers le mal est appelé al-Nafs al-Lawwama – النفس اللوامة : la partie du moi qui blâme. Elle se sent mal chaque fois que nous faisons quelque chose de mal. C’est notre sentiment instinctif que quelque chose ne va pas. “Peut-être que je n’aurais pas dû faire ça. Je me sens mal maintenant.”

Lorsque la femme de Aziz, qui avait tenté de séduire Yusuf (`alayhi al-salam) et l’avait ensuite fait jeter injustement en prison, a finalement avoué ses crimes plusieurs années plus tard, elle a dit :

“Je ne m’innocente cependant pas, car l’âme est très incitatrice au mal, à moins que mon Seigneur, par miséricorde, [ne la préserve du péché]. Mon Seigneur est certes Pardonneur et très Miséricordieux. ” (Sourate Yusuf, 53)

Elle blâmait son nafs al-ammara bi-s-su’, c’est-à-dire la partie du moi qui commande le mal.

En opposition à cela, la société moderne diabolise tout sentiment de honte/culpabilité et nous ordonne de bannir le concept de blâme de notre vocabulaire. «La stigmatisation des salopes» (difficile à traduire, mais en gros c’est le fait de dire du mal des prostitués et de celles qui se comportent comme des prostitués) et «Le blâme des victimes» (ici c’est le fait de critiquer les comportements ou les tenues vestimentaires des personnes victimes de harcelement sexuel) sont des crimes majeurs dans la culture occidentale moderne. Le féminisme insiste avec force : Il ne faut en aucun cas blâmer ou culpabiliser. La honte est mauvaise. Nous devons être positif dans tous les cas de figure : «le body-positive», «le sexe-positif», séropositif (lol), etc.

Mais le nafs al-lawwama n’est pas positif ; il nous avertit quand nous avons fait une erreur. S’il est positif et nous soutient dans tous les cas, il nous a laissé tomber. Nous ne ferons que nous enfoncer davantage dans notre propre égarement. Nos sentiments de malheur et de honte nous aident à aller dans la bonne direction, à nous éloigner du mal.

Lorsque nous nous éloignons de l’immoralité et de l’indécence et que nous demandons le pardon d’Allah, Il se tournera vers nous dans le repentir, pardonnant nos péchés et les effaçant même. Mais cela n’arrivera pas si nous ne ressentons jamais de honte et de culpabilité pour nos mauvaises actions.

La société moderne enterre notre fitra sous le poids combiné de notre intellect et de nos désirs. Elle déforme le fitra même qui nous enseigne à contrôler nos désirs et à connaître et à vénérer notre Créateur. Est-il surprenant, alors, que tant de personnes se retrouvent imprégnées de désir et de matérialisme, loin du sanctuaire de l’obéissance au Très Aimé, Allah ?

Umm Khalid, article original disponible ici

2 Comments

  1. Assalaam alaykum wa rahmantullaahi wa barakaatuh. Barakallahu fiikum! S’il vous plaît, revoyez les passages du Qur’ān évoqués dans l’article. La plupart s’affichent mal.

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