Dépasser la perspective féministe sur le hijab.

Quand j’étais en première année d’université, j’ai été interviewée par une compatriote musulmane égyptienne à Harvard (appelons-la Sara) au sujet de mon expérience avec le hijab. Il s’agissait d’une entrevue de groupe au cours de laquelle Sara m’a interviewé, ainsi que quelques-unes de mes amies musulmanes, pour leur demander pourquoi nous respections les règles du hijab. Elle a publié le résultat de l’entrevue sous forme d’article dans le journal du campus, le Harvard Crimson.

A mon insu à l’époque, c’était un piège. Je ne l’ai découvert que lorsque j’ai lu son article après sa publication.

Il s’avère que Sara avait une dent contre les musulmans qui insistaient pour suivre les lignes directrices islamiques en matière d’habillement. Elle a commencé son article en racontant comment, lorsqu’elle est retournée en Égypte pour une visite estivale, une femme égyptienne plus âgée, une inconnue, l’a réprimandée pour avoir porté en public une chemise courte qui montrait son ventre. Sara a raconté avec colère qu’elle était furieuse de cet incident. Comment ose-t-on lui dire comment s’habiller ? En Amérique, personne n’oserait jamais faire une telle chose ! Mais dans les pays islamiques arriérés comme l’Égypte, une femme inconnue, apparemment, n’avait aucun scrupule à violer l’autonomie personnelle et à surveiller l’habillement ou le comportement public d’une autre femme, et ce, de façon aléatoire. Quel culot !

Ainsi, le semestre suivant son été en Égypte, Sara s’est trouvée un groupe de filles musulmanes à Harvard qu’elle a pu interviewer pour savoir pourquoi elles s’habillaient comme elles le faisaient. Son article était une critique cinglante de l’oppression du code vestimentaire islamique et de la naïveté des femmes, comme moi, qui s’y conforment.

Avec le recul sur cet incident, je suis moins gênée par l’organisation de cette manipulation par Sara que par mes propres réponses féministes incohérentes à la question de savoir pourquoi je portais le hijab.

Je dois avouer que j’étais dans ma phase féministe à l’époque, à mon grand désespoir.

J’avais complètement adhéré à l’idée que “le hijab est un choix”, qu’il s’agissait de “liberté”, qu’il me donnait “le pouvoir”. Je suis maintenant embarrassée en me remémorant que ces clichés féministes sur le hijab faisaient partie de ma réponse à sa question de savoir pourquoi je le portais. J’ai fièrement répété bêtement ce que j’avais entendu d’autres femmes musulmanes américaines dire que le hijab était :

– Le Hijab n’est pas obligatoire, c’est un choix ! Tu vois, je ne suis pas opprimée comme tu le penses ! J’ai choisi d’enfiler ce morceau de tissu sur ma tête de mon plein gré et c’est un signe de ma liberté d’action personnelle.

– Le Hijab, c’est la liberté ! Le porter me libère du regard oppressant des hommes. Cela me donne la liberté de vivre ma vie en public sans être accablée par la sexualisation qui peut résulter du fait de montrer trop de peau. Couvrir mon corps de cette façon est un moyen pour moi de gagner en liberté, voyez-vous.

– Le Hijab me donne le sentiment d’avoir le pouvoir ! Je le porte pour montrer mon indépendance et mon pouvoir en tant que femme musulmane fière qui n’a pas peur des autres, d’être différente ou d’exprimer mon héritage ethnique ou religieux ! L’Amérique est un melting-pot !

Je ne me souviens pas de ce que j’ai dit d’autre, mais je me souviens de ces réflexions comme étant les principaux points de discussion. Cela me peine de pointer ces choses maintenant, de voir à quel point elles sont confuses et absurdes. J’avais cru fermement que c’étaient toutes de bonnes raisons de porter le khimar, le jilbab ou d’autres vêtements amples, et d’autres aspects d’une tenue islamique correcte.

Je m’inquiétais tellement de rentrer dans le vieux stéréotype de la femme musulmane opprimée et docile qui est enveloppée de la tête aux pieds dans des vêtements amples, le symbole ambulant du patriarcat musulman et de la dissimulation de la femme. Étant si consciente de cette perception populaire des femmes musulmanes, je me suis efforcée de montrer au monde que le stéréotype était faux et non, je ne suis pas opprimée et oui, je suis totalement libre, merci beaucoup. J’ai senti le besoin de faire valoir ce point. J’avais besoin de montrer mon pouvoir et de prouver mon absence d’oppression.

Mais en tant que musulmanes, lorsque nous faisons cela, nous jouons directement le jeu des non-musulmans. Nous commençons à changer notre religion pour eux, petit à petit. Nous nous soucions plus de prouver quelque chose aux kuffar que de plaire à Allah. Au lieu d’énoncer simplement la sagesse islamique du système du hijab (par exemple, comme le dit Allah dans le Coran), nous disons simplement ce que nous supposons que les sceptiques non musulmans veulent entendre de notre religion.

Je ne l’ai pas vu à l’époque, bien sûr, mais ce que je faisais en expliquant le hijab de cette façon, c’était simplement d’essayer d’intégrer le concept islamique du hijab dans le moule féministe non musulman laïque occidental. C’était aussi futile que d’essayer d’insérer un carré dans un cercle parce que ces deux choses ne vont pas ensemble. Pour les faire concorder comme je pensais devoir le faire, j’ai dû plier l’un ou l’autre. Soit le paradigme islamique, soit le paradigme non islamique.

Au lieu de rejeter complètement l’ensemble de leur paradigme (extrêmement imparfait) et de plaider en faveur de mon propre paradigme islamique, j’ai essayé de faire entrer la notion islamique de hijab dans le paradigme non musulman, que j’ai pris pour acquis comme étant défaillant en soi. Pour moi à cette époque, se concentrer sur des choses comme la “liberté”, le “choix” et la “liberté individuelle” était primordial – après tout, quelles autres raisons y a-t-il pour que quelqu’un fasse quelque chose ? C’était ma compréhension simpliste, complètement empoisonnée par des concepts et des valeurs féministes et libérales.

Aujourd’hui, dix ans plus tard, alors que je suis sortie de ma phase féministe (alhamdulillah !), je donne une réponse simple et directe quand on m’interroge sur l’habillement islamique :

Je respecte ce code vestimentaire parce que mon Créateur me l’a ordonné. J’obéis à mon Créateur.

Couvrir les cheveux, le corps, le visage, etc. n’est pas une question de liberté ou d’émancipation ou de choix. Je me fiche de tout ça, aussi choquant que cela puisse paraître. Je m’en fiche vraiment. Rien de tout cela n’est ma priorité. Aucun d’entre eux ne comprend pourquoi je m’habille comme je le fais. Je n’adhère plus à leurs considérations comme motifs à mon comportement ou motivation de mes actions, surtout en matière religieuse.

Dans le Coran, Allah Le Glorifié dit :

« O Prophète, dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de ramener sur elles leur grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux.” (Surat Al-Ahzab, 59)

Je me couvre donc comme mon Créateur me l’a ordonné, pour la seule raison de rechercher Sa satisfaction par l’obéissance et la reconnaissance de son autorité. Il est mon Maître et je suis son esclave. C’est très simple.

Aucun de ces concepts ne correspond au paradigme libéral et féministe, d’aucune façon. Listons les différences :

Au lieu de la liberté, nous avons ici la servitude.

A la place du choix, le commandement.

Au lieu de l’émancipation, l’obéissance à l’autorité.

Les Sahabiyyat, les nobles et pieuses compagnes du prophète sws ne se souciaient pas de la liberté, du choix ou de l’émancipation personnelle par le hijab. Dès que les versets du hijab ont été révélés, ces femmes ont déchiré leurs draps en morceaux pour se couvrir, dans leur sincérité et leur empressement à se conformer aux commandements d’Allah.

C’est la raison pour laquelle nous, les femmes musulmanes, nous couvrons : obéir à l’ordre d’Allah. Quant aux sagesses possibles derrière ce commandement divin, nous pouvons en déduire deux possibilités basées sur le ayah dans Surat Al-Ahzab ci-dessus. La première est que les femmes qui se couvrent seront reconnues comme musulmanes, reconnues comme femmes croyantes, et la seconde est que ces femmes ne seront pas maltraitées ou harcelées.

Certaines femmes musulmanes perplexes sont irritées à l’idée que les vêtements modestes sont utiles pour protéger les femmes du harcèlement, mais cette ayah indique clairement qu’il s’agit là d’une des sagesses des vêtements modestes. C’est l’influence toxique du féminisme qui rend cet ayah problématique pour certaines (na`udhubillah !). L’argument typique avancé est que les femmes habillées même en niqab complet sont parfois harcelées, donc une tenue modeste ne dissuade pas les harceleurs.

Mais cet argument est complètement fallacieux. Simplement parce qu’une tenue vestimentaire modeste ne dissuade pas le harcèlement à 100 %, cela ne veut pas dire qu’elle ne dissuade pas le harcèlement. Ce serait comme soutenir que puisque les cambrioleurs sont parfois capables de percer des portes verrouillées, cela signifie que verrouiller vos portes est inutile pour décourager les vols ! Comme nous le savons tous, si nous ne verrouillions pas nos portes, nous serions beaucoup plus susceptibles de nous faire voler. En d’autres termes, les serrures ne nous protègent pas comme par magie contre le vol, mais elles aident certainement beaucoup à prévenir le vol dans la plupart des cas. De la même façon, si nous ne nous habillions pas modestement, nous serions probablement plus harcelés que si nous nous habillions modestement. C’est une question de bon sens au sujet de la nature humaine.

Le bon sens, malheureusement, est étranger à l’esprit féministe, ce que je peux maintenant constater avec le recul. Je ne peux qu’imaginer mon ancien moi agité par ce qui semble être de le “blâme de la victime” dans le raisonnement ci-dessus. Mais toute la notion de blâme de la victime est tout à fait illogique. Que les féministes l’acceptent ou non, je n’essaie pas plus de justifier le harcèlement que le vol. Ce qui est triste, c’est que, selon la logique féministe, la ayah dans Surat Al-Ahzab justifie aussi le harcèlement et le mal fait aux femmes en prescrivant des vêtements modestes.

Je demande aux imams et aux enseignants musulmans de toutes parts de cesser d’utiliser des concepts libéraux et des valeurs féministes de liberté, d’émancipation et de choix pour expliquer le hijab. Vous pourriez penser que vous aidez vos élèves en rendant une pratique islamique plus acceptable, mais en réalité, vous les préparez à trouver l’Islam oppressif et rétrograde. Pourquoi ? Parce que, que vous le reconnaissiez ou non, vous les endoctrinez avec un paradigme non musulman, et une fois qu’ils auront intériorisé ce paradigme, il n’y aura plus de place pour le véritable Islam dans leur cœur. “Allah n’a pas placé à l’homme deux coeurs dans sa poitrine.” (Surat Al-Ahzab, 4)

 

Umm Khalid, article initial en anglais : https://muslimskeptic.com/2019/10/07/outgrowing-feminist-takes-on-the-hijab/

 

Auteur de l’article : Rayan

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