Haut QI et racialisme

Dans leur armature rhétorique, les racialistes aiment usiter du Q.I. (quotient intellectuel), pour prouver la suprématie de la “race blanche”, et de l’éventuelle légitimation de sa domination culturelle qui devrait, pourquoi pas, se traduire dans le domaine géopolitique (ils justifient rétrospectivement le colonialisme de cette manière).

Outre le matérialisme inhérent de cette position (après tout, la psychométrie a beaucoup à avoir avec Francis Galton, un cousin de Darwin), cette logique est en fait doublement dramatique pour eux :

[1] Selon tous les paramètres de mesures cognitives, les Asiatiques de l’Est (Chinois et Japonais) et les Juifs-ashkénazes ont un Q.I. supérieur aux “blancs”. Ils argueront que ceux-là manquent d’originalité, même si Francis Bacon, le père de la philosophie anglaise (empirique), disait que les Chinois ont apporté les trois plus grandes inventions de l’histoire, car elles ont radicalement modifié leurs domaines respectifs : l’imprimerie, le rapport à la connaissance ; la poudre à canon, le rapport à la guerre, la boussole, la navigation. Un autre Anglais, Joseph Needham, historien des sciences majeur du siècle passé, ajoutera à cet inventaire le papier.

Pour les Juifs-ashkénazes, il n’est pas besoin de lister les grands noms dans les différents domaines.

Dans tous les cas, cela justifierait la domination chinoise dont ils se plaignent actuellement, et la domination juive dans la vie politique, culturelle et économique de l’Occident depuis un peu plus d’un siècle (“Le siècle juif” théorisé par Yuri Slezkine).

[2] Il existe ce qu’on appelle l’effet Flynn, à savoir que le Q.I. fluctue en fonction du changement [et exigences] de la société, et Thomas Sowell, le grand intellectuel conservateur afro-américain, a montré comment celui des Irlandais en Amérique a évolué, ces mêmes Irlandais qui, prolétariens à Londres, étaient traités pires que tous les “réfugiés” actuels.

Mieux encore : ce changement de la société est dû aux modulations internes du capitalisme, selon Brink Lindsey, dans le sens que le capitalisme industriel – et ses fonctions ou métiers – requérait moins de complexité de fonctionnement et d’application que le capitalisme postindustriel ou celui de services actuellement, qui est plus abstrait et donc mobilise des dispositions cognitives qui vont dans ce sens (pour caricaturer, celle-ci demandant une population classe-moyenne, c’est-à-dire alphabétisée, rompue à des notions logico-déductives de base, … là où autrefois on visait souvent l’ouvrier sans instruction poussée). Citant le psychologue Ulric Neisser, il dit notamment que si un enfant américain des années 30 devait passer un test Q.I. normé selon les impératifs de 1997 il aurait un Q.I., en moyenne, de 80 (à rappeler que les racialistes utilisent ces chiffres pour moquer des populations qu’ils considèrent comme “attardées”.)

Concernant le haut Q.I. des Juifs-ashkénazes, comme il a été noté par de nombreux observateurs, outre la nature même du judaïsme qui les rend urbains et alphabétisés, les Juifs-ashkénazes ont été “aidés” par les discriminations de l’Europe médiévale et pré-moderne, qui les enfermait dans des professions (collecteurs de fonds et prêteurs sur gages, …) anachroniquement qualifiables “de services” , ce qui a facilité leur transition dans la modernité par leur adéquation aux professions libérales.

Plus directement : la société postindustrielle ou de services est connue pour la féminisation croissante du marché de travail (on utilise moins ses bras et plus sa tête, pour encore caricaturer) ce qui entraîne, de par l’égalité exigée en termes d’éducation et de compétences, l’égalité juridique de la femme, et donc les revendications féministes ; ce n’est pas un hasard si le féminisme dit de la seconde vague né en 1963 avec “La femme mystifiée” de Betty Friedan, qui ringardise un peu les thèses de Simone de Beauvoir, au même moment où Daniel Bell annonce la société postindustrielle (et la fin des idéologies, la bifurcation gauche/droite n’existant plus dans une société classe-moyenne, comme le disait déjà Marcuse), et ce féminisme n’ira qu’en se radicalisant avec le délitement croissant de la société industrielle et son remplacement par le mode postindustriel des services, ce qui augmentera donc le Q.I. occidental moyen.

La chute du Q.I. occidental lui pourrait être lié, non pas au postindustriel, mais au postéconomique tout court : désabonnement idéologique et affaissement démographique mais surtout l’éreintement de la classe-moyenne elle-même (les Chinois et autres ne pouvaient pas fabriquer des T-shirts pour 2 euro/mois éternellement), avec ses valeurs, dont la démocratie, et son intellectualité supposée, que les Occidentaux essaient de occulter derrière la crise écologique.

En d’autres mots : le “haut” Q.I. des “blancs” est lié à un phénomène plus général dans la société occidentale qui a aussi produit le féminisme, ce que les mêmes racialistes blancs ont tendance à mépriser, si ce n’est haïr.

Ils ont donc le QI entre deux chaises : défendre ce “haut potentiel” c’est, aussi, un peu, promouvoir le féminisme.

Arslan Akhtar

Auteur de l’article : Rayan

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