Le défi du Coran à la lumière de la poésie et la prose arabe

Assalamu-alaikum wa rahamatullahi wa barakatuhu:

Dans de nombreux passages, le Coran met les gens au défi de produire une sourate similaire aux sourates coraniques. Il semble que les missionnaires chrétiens qui prétendent que ce défi est non pertinent ou basé sur des critères subjectifs ignorent à peu près tout du fossé qui sépare la poésie et la prose arabe du Coran.

Cet article vise à expliquer sommairement le défi coranique de produire une sourate semblable au Coran. Qu’entend-on par « sourate semblable » et comment ce défi est compris à la lumière de la prose et de la poésie arabe ?

Les versets du Coran qui traitent de ce défi sont donnés ci-dessous :

Dis: « Même si les hommes et les djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s’ils se soutenaient les uns les autres. »

[Coran 17:88]

Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une sourate semblable et appelez vos témoins, (les idoles) que vous adorez en dehors d’Allah, si vous êtes véridiques.

[Coran 2:23]

Ce Coran n’est nullement à être forgé en dehors d’Allah mais c’est la confirmation de ce qui existait déjà avant lui, et l’exposé détaillé du Livre en quoi il n’y a pas de doute, venu du Seigneur de l’Univers.

Ou bien ils disent: « Il (Muhammad) l’a inventé ? » Dis: « Composez donc une sourate semblable à ceci, et appelez à votre aide n’importe qui vous pourrez, en dehors d’Allah, si vous êtes véridiques. »

[Coran 10:37-38]

Ou bien ils disent: « Il l’a forgé [le Coran] » -Dis: « Apportez donc dix Sourates semblables à ceci, forgées (par vous). Et appelez qui vous pourrez (pour vous aider), hormis Allah, si vous êtes véridiques. »

[Coran 11:13]

Ou bien ils disent: « Il l’a inventé lui-même ? » Non… mais ils ne croient pas. Eh bien, qu’ils produisent un récit pareil à lui (le Coran), s’ils sont véridiques.

[Coran 52:33-34]

Pour commencer, la langue arabe et la littérature arabe sont divisés en deux branches. L’une d’elles est la poésie métrique. Il s’agit d’un discours constitué de mètres et de rimes, ce qui signifie que chaque ligne se termine par une lettre précise, appelée “rime”.
Cette poésie rimée est à nouveau divisée en mètres ou ce qu’on appelle al-Bihar, qui signifie littéralement “les mers”. Ce nom est donné en raison de la façon dont la poésie se meut en suivant des schémas rythmiques. Il existe seize al-Bihar, à savoir : at-Tawil, al-Bassit, al-Wafir, al-Kamil, ar-Rajs, al-Khafif, al-Hazaj, al-Muttakarib, al-Munsarih, al-Muktatab, al-Muktadarak, al-Madid, al-Mujtath, al-Ramel, al-Khabab et as-Saria. Chacune est rythmée différemment.

Pour plus de détail sur les mètres dans la poésie arabe, veuillez consulter le livre de Lyall intitulé “Translations of Ancient Arabian Poetry, Chiefly Pre-Islamic” (Traductions de la poésie arabe ancienne, principalement préislamique) [1], dans lequel il évoque brièvement al-Kamil, al-Wafir, al-Hajaz, at-Tawil, al-Bassit, al-Khafif et al-Madid [2].

Le célèbre prédicateur Abdur Rahim Green rajoute :

Le défi consiste donc à produire en arabe, trois lignes, qui ne rentrent pas dans l’un de ces seize Bihar, qui ne soit pas de la prose rimée, ni comme le discours des devins, et pas du parlé courant, qu’il transporte du sens et une rhétorique compréhensible, c’est-à-dire pas du charabia. Maintenant, je pense que le “Saint-Esprit” chrétien qui vous fait parler en langues, qui est une partie de votre Dieu « Tri-uni » devrait au moins pouvoir inspirer l’un d’entre vous avec cela !

L’autre branche du discours arabe est la prose, c’est-à-dire le discours non métrique et qui peut être parfois rimée. La prose rimée consiste en une série de vers se terminant sur la même rime tout du long, ou en des phrases rimées par paires. C’est ce qu’on appelle la “prose rimée” ou saj’.

On trouve également la prose continue (mursal), dans lequel le discours est ininterrompu et n’est pas divisé en vers, mais s’écoule jusqu’à la fin du discours sans division, rime ou quoi que ce soit marquant une coupure dans le discours. La prose est utilisée dans les sermons et les prières ainsi que dans les discours destinés à encourager ou à effrayer les masses [3]. L’un des discours les plus célèbres utilisant le saj’ est celui de Hajjaj bin Yusuf lors de son premier mandat de député en Irak à l’époque post-islamique ou encore le discours de Quss bin Sa’idah à l’époque pré-islamique.

Ainsi, le défi, comme le mentionne Abdur Rahim Green, est de produire en arabe, trois lignes, qui ne tombent pas dans l’un de ces seize al-Bihar, qui ne soit pas de la prose rimée, ni similaire au discours des devins, ni du parlé courant, qui transporte un sens et une rhétorique compréhensible (c’est-à-dire pas du charabia).

En effet :

Le Coran n’est pas versifié (à la manière de la poésie), mais il est rythmé. Le rythme de certaines âyah ressemble à la régularité du saj’, et tout deux sont rimés, tandis que certains versets ont une ressemblance avec le Rajaz dans sa vigueur et sa rapidité. Mais les critiques parmi les Quraysh ont reconnu qu’il n’appartenait ni à l’une ni à l’autre de ces catégories [4].

Il est intéressant de savoir que toute la poésie pré-islamique et post-islamique recueillie par Louis Cheikho rentre dans les seize mètres mentionnés plus haut ou al-Bihar [5]. En effet, les païens de la Mecque ont accusé à plusieurs reprises le prophète Mohammed (que la prière d’Allah et ses bénédictions soit sur lui) d’être un faussaire, un devin…
Les Arabes qui historiquement étaient à l’âge d’or de leur littérature au moment de la révélation du Coran ne pouvaient même pas produire la plus petite sourate semblable à ce genre. Le style du Coran n’entrait dans aucune des catégories mentionnées ci-dessus. C’est ce qui a rendu le Coran inimitable et a laissé les Arabes païens perplexes quant à la façon dont ils pourraient le combattre, comme l’a confirmé Alqama bin ‘Abd al-Manaf lorsqu’il s’est adressé aux hauts placé de Quraysh :

Oh Quraïsh, une nouvelle calamité vous a frappé. Mohammed était le jeune homme le plus aimé parmi vous, le plus sincère dans ses paroles et le plus digne de confiance, jusqu’à ce que, lorsque vous voyiez des cheveux gris sur sa tempe, et qu’il vous a apporté son message, vous avez dit qu’il était un sorcier, mais il ne l’est pas, car nous avons vu de telles personnes et leurs crachats et leurs nœuds ; vous avez dit, un devin, mais nous avons vu de telles personnes et leur comportement, et nous avons entendu leurs rimes ; et vous avez dit « un poète », mais il n’est certainement pas poète, car nous avons entendu toutes les poésies existantes (et ce avec quoi il est venu n’a rien de semblable); vous avez dit qu’il était possédé, mais il ne l’est pas, car nous avons vu les possédés, et il ne montre aucun signe de leur halètement, de leur murmure et de leur délire. Ô hommes de Quraish, prenez gardes à vous, car par Allah quelque chose de sérieux vous est tombé dessus.

Il est bien connu que le Coran a été révélé en sept ahruf (ou sept formes) pour faciliter une meilleure compréhension de celui-ci chez les Arabes qui avaient des dialectes différents. C’était aussi pour les défier, sur leurs propres terrains, à produire une sourate comme celle du Coran. L’aspect miraculeux du défi est devenu plus évident encore lorsqu’aucune des sept grandes tribus ne put l’imiter, même dans leur propre dialecte, car personne ne pouvait alors prétendre que le défi était impossible à relever à cause de la différence de dialecte [6].

Que disent les orientalistes sur « l’inimitabilité » du Coran ?

E. H. Palmer, dès 1880, a reconnu le style unique du Coran. Mais il semble avoir hésité entre deux positions. Il écrit dans l’introduction de sa traduction du Coran :

Il n’est pas surprenant que le meilleur des écrivains arabes n’ait jamais réussi à produire quelque chose d’égal en mérite au Coran lui-même. En premier lieu, ils ont convenu à l’avance qu’il est inaccessible, et ils ont adopté son style comme norme parfaite ; toute déviation par rapport à celui-ci doit donc nécessairement être un défaut. Là encore, chez eux, ce style n’est pas spontané comme chez Mohammed et ses contemporains, mais il est aussi peu naturel que si les Anglais devaient continuer à suivre Chaucer comme modèle, malgré les changements que leur langue a subis.

Pour le Prophète, le style était naturel et les mots étaient ceux de la vie de tous les jours, tandis que pour les auteurs arabes qui viendront après, le style est imitatif et les mots anciens sont introduits comme un embellissement littéraire. Il en suit naturellement que leurs écrits semblent laborieux et forcés comparé à l’éloquence impromptue et naturelle du Coran [7].

Le célèbre arabisant de l’Université d’Oxford, Hamilton Gibb, était clair en ce qui s’agit du style du Coran. Selon ses propres termes :

…les Mecquois exigeaient toujours de lui un miracle, et avec une audace et une confiance en soi remarquables, Mohammed appelait au Coran en lui-même comme confirmation suprême de sa mission. Comme tous les Arabes, ils étaient LES connaisseurs de la langue et de la rhétorique. Alors, si le Coran était sa propre composition, d’autres hommes devraient pouvoir rivaliser avec lui. Qu’ils produisent dix versets comme lui. S’ils ne le peuvent pas (et il est évident qu’ils ne le peuvent pas), alors qu’ils acceptent le Coran comme un miracle évident et exceptionnel [8].

Et à d’autres endroits, en parlant du Prophète (que la prière d’Allah et ses bénédictions soient sur lui) et du Coran, il déclare :

Bien que, bien sûr, la question du mérite littéraire ne doit pas être jugée à priori, mais par rapport au génie de la langue arabe ; et aucun homme en 1500 ans n’a jamais joué de cet instrument aux sonorités profondes avec une telle puissance, une telle audace et une telle portée d’effet émotionnel que ce qu’a fait Muhammad [9].

Le Coran est donc un monument littéraire à part entière, une production unique à la littérature arabe, n’ayant ni précurseurs ni successeurs dans son propre style. Les musulmans de tous âges s’unissent pour proclamer l’inimitabilité non seulement de son contenu mais aussi de son style… et forçant ainsi la grande littérature arabe à exprimer de nouvelles gammes de pensée, le Coran développe une prose rhétorique audacieuse et d’une efficacité frappante dans laquelle toutes les ressources de la modulation syntaxique sont exploitées avec une grande liberté et une grande originalité [10].

Sur l’influence du Coran sur la littérature arabe, Gibb dit :

L’influence du Coran sur le développement de la littérature arabe a été incalculable, et s’est appliquée dans de nombreuses directions. Ses idées, sa langue, ses rimes imprègnent plus ou moins toutes les œuvres littéraires ultérieures. Ses caractéristiques linguistiques spécifiques n’ont pas été imitées, ni dans la prose du siècle suivant, ni dans les écrits en prose qui suivront, mais c’est au moins en partie grâce à la souplesse que le Coran a transmis à la grande littérature arabe que celle-ci a pu se développer aussi rapidement et s’adapter aux nouveaux besoins du gouvernement califal et d’une société en expansion [11].

Comme le dit le Coran lui-même :

Si vous avez un doute sur ce que Nous avons révélé à Notre Serviteur, tâchez donc de produire une sourate semblable et appelez vos témoins, (les idoles) que vous adorez en dehors d’Allah, si vous êtes véridiques.

Si vous n’y parvenez pas et, à coup sûr, vous n’y parviendrez jamais, parez-vous donc contre le feu qu’alimenteront les hommes et les pierres, lequel est réservé aux infidèles.

[Coran 2:23-24]

Pour finir, le merveilleux style du Coran est admiré même par les chrétiens arabes :

Le Coran est l’un des classiques de la littérature mondiale qui ne peut être traduit sans de graves pertes. Il a un rythme d’une beauté particulière et une cadence qui charme l’oreille. De nombreux Arabes chrétiens parlent de son style avec une chaleureuse admiration, et la plupart des arabisants reconnaissent son excellence. Lorsqu’il est lu à haute voix ou récité, il a un effet presque hypnotique qui rend l’auditeur indifférent à sa syntaxe parfois étrange et à son contenu parfois, pour nous, repoussant. C’est cette qualité qu’elle possède de faire taire la critique par la douce musique de son langage qui a donné naissance au dogme de son inimitabilité ; on peut en effet affirmer qu’au sein de la littérature arabe, aussi vaste et féconde qu’elle soit en poésie et en grande prose, il n’y a rien qui peut lui être comparé [12].

Les phrases ci-dessus parlent d’elles-mêmes. En résumé : Dans la littérature arabe, qu’il s’agisse de poésie ou de prose, il n’y a rien de comparable au Coran. Les musulmans à travers les siècles furent unanimes sur l’inimitabilité de celui-ci.

Les missionnaires chrétiens disent aussi qu’il y a des « erreurs » grammaticales dans le Coran. En réponse, on peut dire que les contemporains arabes de Mohammed (que la prière d’Allah et ses bénédictions soient sur lui) étaient très érudits et maîtrisaient les particularités du langage arabe ; par conséquent, s’ils avaient trouvé des «erreurs» grammaticales dans le Coran, ils les auraient mises en avant lorsque Mohammed (que la prière d’Allah et ses bénédictions soient sur lui) les a mis au défi de le faire.
Par conséquent, puisqu’ils n’ont pas relevé son défi sur cette question, nous pouvons être assurés qu’aucune « erreur » grammaticale de ce type n’existe dans le Coran.

En effet, les « erreurs » grammaticales revendiquées par les missionnaires chrétiens ont déjà été discutées et réfutées dans une revue réputée [13]. Il s’avère que la méconnaissance de certains points pointus de la grammaire en arabe classique chez les missionnaires chrétiens a donné lieu à cette légende des prétendues «erreurs» grammaticales.

I’jaz al-Qur’an (ou l’inimitabilité du Coran) et son exposition

I’jaz signifie littéralement «rendre incapable, impuissant». Il désigne la nature miraculeuse du Coran. La question de savoir ce qui constitue ce miracle est un sujet qui intéresse les érudits musulmans depuis des siècles. Au début du troisième siècle du calendrier hégirien (IXe siècle après JC.), le mot i’jaz en est venu à désigner cette qualité du Coran qui rendait les gens incapables d’imiter le tout ou une partie quelconque de celui-ci, tant dans son contenu que dans sa forme. À la fin du troisième siècle, le mot avait pris son sens technique. Les nombreuses définitions qui lui ont été appliquées après le dixième siècle ont montré peu de divergence par rapport aux concepts clés de l’inimitabilité du Coran et de l’incapacité des êtres humains à l’égaler [14].

Ainsi, la doctrine islamique du i’jaz al-Qur’an consiste à croire que le Coran est un miracle (mu’jizah) accordé à Muhammed (que la prière d’Allah et ses bénédictions soient sur lui). Les deux termes, i’jaz et mu’jizah, proviennent de la même racine verbale. Tandis que mu’jizah est un dérivé de a’jaza (en arabe : rendre impuissant à la troisième personne du passé), i’jaz est son nom verbal (un nom qui désigne l’action de faire le verbe) [15].

Les premières discussions théologiques sur le i’jaz ont introduit le dogme de la sarfah (littéralement « se détourner ») de ceux qui ont soutenu que le miracle consistait en ce que Dieu détournait ceux qui étaient en capacité de relever le défi de l’imitation du Coran de la possibilité de le faire. L’implication de la sarfah est que le Coran pourrait autrement être imité. Cependant, ‘Abd al-Jabbar (mort en 1025 après JC), le théologien mu’tazilite a rejeté le concept de sarfah en raison de faiblesses évidentes dans l’argumentation :

‘Abd al-Jabbar rejette la doctrine de la sarfah pour deux raisons principales. Premièrement, parce qu’elle contredit le verset du Coran qui affirme que ni les djinn ni les humains ne peuvent rivaliser avec le Coran, et deuxièmement parce qu’elle fait d’un miracle autre chose que le Coran, c’est-à-dire la sarfah, d’empêcher la production d’une œuvre similaire, et non le Coran lui-même. En outre, selon Abd al-Jabbar, la doctrine de la sarfah présente quatre grandes faiblesses :

1. Cela ignore le fait bien connu que les Arabes de l’époque de Muhammad avaient reconnu la qualité supérieure de l’expression coranique ;
2. C’est en conflit direct avec le sens des versets du défi ;
3. Cela impliquerait que le Coran n’est pas un miracle ;
4. Cela affirmerait que les Arabes étaient devenus fous (khuruj ‘an
al-‘aql).

Cette doctrine implique en fait qu’ils auraient pu produire un texte rivalisant avec le Coran, mais qu’ils ont simplement décidés de ne pas le faire. Elle remet en question leurs motivations ou leur santé mentale. Par conséquent, selon Abd al-Jabbar, la seule vraie sarfah fut que la volonté de rivaliser avec le Coran avait disparu (insarafah) parce qu’ils avaient reconnu l’impossibilité de le faire [16].

‘Abd al-Jabbar a insisté sur la qualité inégalable de l’éloquence du Coran et sur la perfection unique de son style. Dans son ouvrage « Al-Mugni », il a soutenu que l’éloquence impliquait l’excellence à la fois du sens et de la formulation, et il a expliqué qu’il y avait différents degrés d’excellence selon la manière dont les mots étaient choisis et disposés dans tout texte littéraire, le Coran ayant atteint le niveau le plus élevé [17].

Al-Baqillani (mort en 1013 après JC ), dans son étude systématique et complète intitulée « I’Jaz Al-Quran », a défendu le style rhétorique insurpassable du Coran, mais il n’a pas considéré que c’était nécessairement le facteur sur lequel les arabes étaient mis au défi par le Coran et a plutôt mis l’accent sur le contenu de la révélation.

Le choix et la disposition des mots, appelés nazm, ont été au centre des discussions d’auteurs tels qu’al-Jahiz, al-Sijistani (mort en 928 après JC), al-Bakhi (mort en 933 après JC) et Ibn al-Ikhshid (mort en 937 après JC) al-Rummani et son contemporain al-Khattabi (mort en 998 après JC) qui ont discutés de l’effet psychologique du nazm du Coran dans leurs œuvres al-Nukat fi I’jaz al-Qur’an et Bayan I’jaz al-Qur’an, respectivement.

L’auteur qui a le mieux élaboré et systématisé l’étude du nazm dans son analyse du i’jaz est ‘Abd al-Qahir al-Jurjani (mort en 1078 après JC) dans son Dala’il al-I’jaz.
Son travail a ensuite été ré-organisé par Fakhr ad-Din al-Razi (mort en 1209 après JC) dans son Nihayat al-I’jaz fi Dirayat al-I’jaz et mis en pratique par al-Zamakhshari (mort en 1144 après JC) dans son exégèse du Coran intitulée al-Kashshaf, riche en analyse rhétorique du style coranique [18].

Pratiquement rien de nouveau n’a été ajouté par les auteurs qui ont suivis.

La Bible est-elle inimitable ?

Pour quiconque a étudié l’histoire de la Bible ainsi que le canon biblique qui fut en constante évolution au gré des caprices des dirigeants de l’Église ou encore les quelques 300 000 variantes manuscrites au sein du Nouveau Testament il est clair qu’aucun livre de notre histoire n’a joui d’une telle réputation. Le processus de changement par lequel la Bible chrétienne est passée est inédit dans l’histoire. Cela ferait en soi de la Bible un livre inimitable.

En ce qui concerne le langage de la Bible et sa perfection stylistique, la Bible ne prétend rien de similaire à ce que le Coran apporte. Par conséquent, la Bible ne met pas au défi l’humanité de produire quelques versets ou un chapitre similaire. En outre, les chrétiens admettent eux-même que la Bible contient des erreurs de scribe et de langage. La langue dans laquelle le Nouveau Testament grec a été écrit, le grec démotique, lui-même n’a que peu ou aucune considération pour les règles de grammaires du grec classique.

Alors qu’il compare la perfection stylistique du Coran et l’imperfection stylistique de la Bible, von Grunebaum déclare :

En contraste à la perfection stylistique du Coran et aux imperfections stylistiques des anciennes écritures (ici la Bible), les théologiens musulmans se sont retrouvé, sans le savoir et pour des raisons purement postulatives, en accord avec une longue lignée de penseurs chrétiens dont la vision du texte biblique se résume au mieux dans la maxime effrontée de Nietzsche selon laquelle le Saint-Esprit a écrit du mauvais grec [19].

Par la suite, il élabore sur la position des théologiens occidentaux concernant le processus de canonisation et de composition de la Bible :

Le fait que les théologiens occidentaux savaient que les livres bibliques étaient rédigés par différents auteurs et qu’ils ne lui étaient, dans de nombreux cas, accessibles qu’en traduction (inspirée), facilitait l’aveu qu’il y avait des imperfections dans le livre saint et réduisait ainsi tout insistance sur son autorité stylistique.
L’enseignement chrétien qui peignait l’image d’un auteur de la Bible, inspiré, sous la guidée du Saint-Esprit, libre en matière de style, n’a fourni aucune motivation pour réconcilier entre le texte révélé d’une part et la grammaire et la rhétorique d’autre part. Il a ainsi libéré le théologien et le critique de la recherche d’une harmonie entre ces deux mondes stylistiques, ce qui, au mieux, aurait résulté en une idée de la perfection littéraire qui aurait été contradictoire avec les faits historique ou, au pire, aurait été un frein à tout semblant d’une critique textuelle et substantielle de la révélation…

En outre, dans le christianisme, l’analyse du style simpliste de la Bible n’est qu’une infime partie des problèmes liés à l’étude biblique ; alors qu’en Islam, la position centrale du Coran, en tant que point de référence et source de motivation pour plus d’études grammaticales et littéraires, n’a jamais été contestée, du moins en théorie, au sein de la communauté des croyants [20].

Cela conclus à peu près notre point sur la Bible et la perfection stylistique (ou son absence !) à la lumière de la position des théologiens occidentaux.

Et Allah est plus savant !

Références

[1] C. J. Lyall, Traductions de la poésie arabe ancienne, principalement préislamique, Williams & Norgate Ltd., London, 1930.

[2] Ibid., pp. xlv-lii.

[3] Ibn Khaldun, The Muqaddimah, Traduction de Franz Rosenthal, Volume III, Routledge & Kegan Paul, London, 1958, p. 368.

[4] A. F. L. Beeston, T. M. Johnstone, R. B. Serjeant and G. R. Smith, La littérature arabe à la fin de la période omeyyade, 1983, Cambridge University Press, p. 34.

[5] Louis Cheikho, Shu’ara’ ‘al-Nasraniyah, 1890-1891, Beirut.

[6] Abu Ameenah Bilal Philips, Tafseer Soorah al-Hujuraat, 1988, Tawheed Publications, Riyadh (Arabie Saoudite), p. 28.

[7] E. H. Palmer (Tr.), The Qur’an, 1900, Part I, Oxford at Clarendon Press, p. lv.

[8] H. A. R. Gibb, Islam – Une enquête historique, 1980, Oxford University Press, p. 28.

[9] Ibid., p. 25.

[10] H. A. R. Gibb, Littérature Arabe – Une introduction, 1963, Oxford à Clarendon Press, p. 36.

[11] Ibid., p. 37.

[12] Alfred Guillaume, Islam, 1990 (Réimpression), Penguin Books, pp. 73-74.

[13] M. A. S. Abdel Haleem, L’objectif des déplacements grammaticaux : Iltifat & Traits similaires dans le CoranBulletin d’information des études orientales et africaines, Volume LV, Part 3, 1992. (Lien en ligne en anglais)

[14] Mircea Eliade (Editeur en chef), L’encyclopédie des religions, Volume 7, Macmillam Publishing Company, New York, p. 87, Under I’jaz par Issa J. Boullata.

[15] Yusuf Rahman, La nature miraculeuse du livre saint des musulmans : Un étude de I’jaz al-Qur’an de ‘Abd al-Jabbar, Islamic Studies, Volume 35, Number 4, 1996, p. 409.

[16] Ibid., pp. 415-416.

[17] L’Encyclopédie des religionsOp.Cit, p. 88.

[18] Ibid.

[19] B. Lewis, V. L. Menage, Ch. Pellat & J. Schacht (Éditeur), Encyclopédie de l’Islam (Nouvelle Édition), 1971, Volume III, E J Brill (Leiden) & Luzac & Co. (Londre), p. 1020 (Under I’djaz).

[20] Ibid.

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