Le fantasme de la taqiya

Ces dernières années ont vu l’apparition d’un certain type de personnage ridicule, se rêvant explorateur parce qu’il vient de découvrir sa salle de bain, se pensant inventeur parce qu’il vient d’y trouver l’eau chaude. Je veux parler de tous ceux qui pensent avoir déterré un dinosaure en “découvrant” le concept de “taqiya” (dérivé du mot “crainte”). Il s’agit souvent de personnes de mouvance de droite (ou supposées comme telles, n’ayant dans leurs vies personnelles de la tradition qu’un arôme surfait), qui se délectent de ce mot “taqiya”, comme s’ils venaient de résoudre, en deux temps trois syllabes, l’équation islamique particulièrement complexe.

Ce concept de taqiya, basique, simple, évident à comprendre, et pouvant se résumer en l’autorisation, sous grande contrainte, de ne pas forcément divulguer une opinion qui pourrait s’avérer réellement dangereuse pour soi ou les siens, de “caler la voile”, de faire profil bas, voire d’agir parfois sans conviction, relève d’un bon sens universel.

Ainsi, toutes celles et ceux qui remplissent des attestations de déplacement dérogatoire plus ou moins mensongères pour pouvoir sortir font de la taqiya. Les 60 000 000 de personnes qui respectent les “lois de la République” sans conviction, sous la contrainte, font de la taqiya. 60 000 000 moins celles qui les rédigent, et encore !Une personne (je n’ai pas dit qu’elle existait, hein, c’est purement hypothétique !) qui cracherait régulièrement sur l’islam à la télévision mais qui aurait des pieds à terre dans des pays musulmans en se pliant à leurs lois, ferait preuve de taqiya.

Plus généralement, s’accommoder, bon gré mal gré, d’un système avec lequel on n’est pas forcément d’accord, par crainte ou tout simplement par souci de quiétude, c’est de la taqiya.

Bien évidemment, comme tout concept relevant du bon sens, son utilisation de manière exagérée, voire détournée, le fait dévier de sa finalité. Ainsi, le déplacement du curseur “crainte pour soi et les siens” à l’excès de zèle par intérêt transforme cette taqiya en hypocrisie. En ce sens, la taqiya d’imams qui liraient amoureusement un poème républicain avec “France, paradis sur la terre” ou un truc du genre – et c’est bien évidemment une taqiya – est évidemment exagérée. De même que des Musulmans qui participeraient à la construction d’une “mosquée républicaine”.

Mais voici le sophisme légendaire que nous imposent ces détectives géniaux qui ont découvert la “taqiya”, et se l’imaginent carrément comme un point du dogme islamique (alors qu’il s’agit juste de bon sens, qui se retrouve en islam comme dans les autres religions) :la taqiya est permise dans certains cas. Des Musulmans (au même titre que les autres humains) peuvent, par crainte, voire par conformisme en découlant, adopter un comportement qui ne serait pas le leur sans cette crainte. (Les gens rempliraient-ils de leur plein gré des attestations de déplacement dérogatoire en l’absence de sanctions ?)DONC (et là se situe le sophisme) tout ce qu’un Musulman fera d’acceptable au regard de la société, de conforme à l’ordre social, de “bien” du point de vue du Français lambda, relèverait, selon ces messieurs, de la taqiya.

Honteuse confusion entre une implication et sa réciproque, par laquelle des Musulmans se joignant, de manière parfaitement sincère, aux condoléances à la communauté chrétienne après l’ignominie commise dans une église, se retrouvent taxés de “taqiya”.

Alors oui : un Musulman pratiquant qui accepterait, mesdames, de vous faire la bise ou vous serrer la main au bureau fait peut-être preuve de “taqiya”, s’accommodant tant bien que mal de situations contraires aux préceptes de sa religion, afin notamment d’éviter de se retrouver dépeint comme un pourfendeur des valeurs de la République pour une raison aussi bête (en plein Covid, mais la République qui a guillotiné Lavoisier parce qu’elle n’avait “pas besoin de savants”, n’a apparemment pas non plus besoin de cohérence). À ce sujet, il serait intéressant de savoir pourquoi la République fait elle-même preuve de taqiya à l’égard des rabbins qui refusent, pour raisons religieuses, les contacts physiques avec le sexe opposé. Mais n’étant pas assez solvable pour ce péage, ma liberté d’expression s’arrêtera là.

A contrario, un Musulman (même barbu !) qui exprime sa sympathie, de sa compassion à l’égard de personnes touchées par un drame ne fait pas preuve de taqiya. Il agit de manière humaine, tout simplement.

Christophes Colomb en carton-pâte, remballez vos pseudo-découvertes.

Dubout Delaville

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