Le triomphe du libéralisme en Arabie

Ces derniers jours beaucoup s’étonnent que, non seulement la jeunesse saoudienne participe aux concerts autorisés dans le pays suite au processus “d’ouverture” de MBS, mais plus encore que ladite jeunesse y participe en masse et avec une dévotion presque religieuse dans “le royaume wahabbi” (notamment le récent festival de musique électronique).

Déjà il faudrait savoir si l’Etat saoudien est réellement resté “wahabbi” jusqu’à l’arrivée de MBS (certains disent qu’il ne l’est plus depuis que Ibn Séoud a réprimé dans le sang la révolte des Ikhwan en 1927-1930, qui voulaient justement préserver l’esprit de conquête de la da’wah najdiyya, ou quand il a scellé le pacte de Quincy avec Roosevelt en 45, et d’autres encore disent plutôt qu’il ne l’est plus depuis les années 90, quand le roi Fahd, sur les ordres de l’Amérique, a arrêté de financer “l’islamisme” mondial vu que l’Union soviétique n’était plus), mais il faut savoir deux choses :

i) tout d’abord, cela montre la force du libéralisme. Vous pouvez vous-même être le plus grand “radical”, si vous ne vous occupez pas de l’éducation de votre enfant, en fait même si vous vous occupez de cela de la manière la plus rigoureuse, le libéralisme sature tellement la civilisation mondialisée que votre enfant a de très grandes chances d’en effet finir comme libéral mental ; dans l’Arabie Saoudite moderne, avec le roi Abdallah, non seulement rien n’a été fait pour préserver la jeunesse de la pollution idéologique occidentale, mais au contraire littéralement des dizaines de milliers d’étudiants ont été envoyé en Occident, avec des bourses généreuses, pour intégrer les meilleurs universités, en d’autres mots, ils ont socialisé avec les non-musulmans et un grand nombre, si ce n’est la majorité, à leur retour ont tout naturellement ramené les modes de socialisation occidentale (sur la condition féminine, la place de la religion dans la société, … bref tout ce qui fait le soi-disant succès de l’Occident pour un étudiant venu d’un pays en voie de développement).

L’Europe coloniale moderne a envoyé des milliers de missionnaires sans aucun succès probant, mais l’Occident néolibéral postmoderne (avec tout son jeu sur la relativité) peut se permettre d’employer des natifs pour jouer plus ou moins le même rôle mais avec beaucoup plus de succès, surtout qu’ils sont souvent la future élite de la nation.

ii) “Glubb Pasha” (officier anglais, sorte de Lawrence d’Arabie qui a été général en Jordanie) a écrit un ouvrage sur “Le destin des empires”, où, en quelques dizaines de pages, il aborde la décadence des différents empires et met en relief ces données avec notre monde. A un moment, il parle de la décadence du califat abbasside au 9éme siècle, et note trois phénomènes qui explosent dans la capitale, Bagdad : la décadence morale, l’avènement des “pop-singers” (cela vous rappelle quelques chanteuses levantines ?) et l’impératif, par les femmes, de vouloir s’introduire dans des métiers alors perçus comme masculins. C’est juste pour dire que, malheureusement, nous ne sommes pas immunisés contre la dégénération.

Mais le néolibéralisme, de par sa nature “liquide”, fait que cette pénétration, à travers la “culture”, les réseaux sociaux, … tout ce qui encourage l’interaction avec le mode de vie et pensée non-islamiques est décuplée.

 

Arslan Akhtar

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