Le voile, il sert à quoi ?

 

A force de prendre le contre pied des postures féministes, on finit par s’enfermer dans des points de vue qui masquent parfois une partie de la réalité. Concernant le voile, on l’explique souvent par la nécessité pour ces pauvres femmes, intrinsèquement victimes, de se prémunir de la menace des hommes naturellement prédateurs, potentiellement agresseurs. Il serait donc un instrument d’aliénation et de déni au service de la domination masculine pour les uns et un écrin de protection pour des perles précieuses pour les autres.

En réalité, le voile ne fait ni brimer ni protéger la féminité, il l’encadre. En effet, les femmes développent très tôt une conscience d’elles-mêmes et de leur capacité à plaire, elles ont même tendance à en faire une dimension centrale de leur vie. Le capitalisme n’a d’ailleurs pas manqué de s’engouffrer dans cette faille, en témoigne l’importance gigantesque du marché des cosmétiques, de la coiffure et des vêtements, ainsi que le développement des médias spécialisés dans les “conseils beauté”. Le voile lui même n’y échappe pas, entérinant ainsi la thèse selon laquelle il ne saurait être en lui même et par lui même un frein à la mise en valeur de la beauté des femmes.
Plutôt que victime du regard de l’homme, la femme est actrice du jeu de séduction et a tendance à être d’autant plus habile qu’elle se considère en concurrence avec ses coreligionnaires du même sexe.

Il est là l’enjeu du voile semble-t-il, du moins, celui du voile porté avec la conscience de ses finalités sociales et spirituelles. Plus qu’une manière d’éloigner les prédateurs que seraient les hommes, il doit réguler ce besoin puissant chez la femme de mettre en scène sa beauté et de plaire à tout prix, un besoin qui, poussé à l’extrême comme c’est le cas à notre époque, est sans doute le véritable vecteur de l’aliénation des femmes. Le potentiel de séduction féminine – qui devrait être au service de l’équilibre marital – devient, lorsqu’il est débridé, exploité à tord et travers, un instrument de corruption. Corruption collective par l’étalement indécent de ce qui doit rester dans la sphère de l’intime, corruption individuelle par l’exacerbation de la dimension superficielle des femmes et l’alimentation de leur ego: obnubilées par un reflet, poussées par une ardente propagande et des injonctions à correspondre aux codes esthétiques du moment, les femmes tombent facilement dans le piège de la quête du paraître au risque de délaisser leurs ambitions spirituelles, pourtant seul chemin vers leur salut. Dans un mouvement d’inversion typique de l’époque trouble que nous vivons, l’embellissement pour l’époux qui rapproche de son Seigneur devient une pulsion insensée et perverse qui mène à l’égarement.
Et que le voile soit lui-même devenu une parure parmi toutes n’est donc malheureusement pas étonnant. Pris comme un accessoire, un simple tissu, et surtout, si sa capacité de dresser nos âmes rebelles n’est pas prise en compte ni méditée, il ne saurait faire barrage à ce penchant de l’âme humaine qui aime à se satisfaire d’elle-même et trouver la satisfaction d’autrui.

Ana Hiya

Auteur de l’article : Rayan

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