Les femmes et l’usage politique de la sexualité

Les femmes sont le support privilégié de la diffusion de l’idéologie dominante. Elles sont toujours un enjeu belliqueux, elles cristallisent à elles seules les représentations sociales d’une communauté et nous montrent à quel point la politique s’inscrit dans les corps et la chair.

La question de leur visibilité est centrale, elle renvoie indirectement à celle de leur fonction sociale. Disponibilité visuelle et disponibilité sexuelle sont les deux faces d’une même pièce et la guerre autour de l’appropriation symbolique des corps féminins est une constante qui nous informe sur toute une société. Objets de désirs légitimes et de convoitises interdites, les femmes modernes à la nudité revendiquée sont à la fois actrices et outils de l’instrumentalisation politique de la sexualité.

La puissance sexuelle étant un des moteurs de la marche humaine, notre époque pleine de paradoxes et de stratégies muettes de contrôle social a fait du sexe une chose banale, facile d’accès, consommable voire addictive. Elle l’a sorti de la sphère privée pour le mettre sur le marché et l’utiliser sans scrupules à des fins matérielles et politiques. 
Symétriquement, on a reconstruit les frontières légitimes du désir en imposant à tous une indifférence face au corps des femmes dont la visibilité ne devrait plus susciter l’attirance. Avoir de l’attrait pour ce qu’on voit d’une femme est désormais criminalisé et considéré comme une déviance. C’est toute une dimension de l’équilibre des rapports humains qui est sacrifiée sur l’autel de la liberté des femmes à disposer de leur corps. Une liberté fallacieuse, ne nous y trompons pas, tant les règles de conduites sont imposées de manière insistante et la marge de manoeuvre de chacun est une chimère face à la puissance du torrent progressiste et libertaire qui agit comme tous les autres ordres sociaux dont on prétend se débarrasser, comme une norme qui impose silencieusement à chacun les comportements légitimes.

La norme nouvelle c’est d’être vue. La femme moderne doit se montrer sous peine d’être soupçonnée de déficit d’allégeance à l’idéologie dominante. Un manque de zèle de sa part pourrait presque être perçu comme de l’intelligence avec l’ennemi.
A l’heure de la propagande libérale mondiale, s’abstenir de dissimuler son corps est un véritable effort de guerre. Hier petites mains dans la confections d’obus, aujourd’hui corps et âme dévoués, armes à elles seules du corollaire idéologique des conflits contemporains.

Visibilité outrancière et prohibition de fait sont les deux chemins discordants ayant pour fonction d’anesthésier les hommes en les laissant dans le brouillard d’injonctions contradictoires. Regarde, abreuve-toi d’images incessantes, suggestives pour ne pas dire indécentes, mais ne t’avises pas de vouloir et d’agir. “Touche avec les yeux” comme on nous disait petit, une manière d’infantiliser les hommes et de leur signifier que cette part du monde réel ne leur appartient plus. On leur concédera effrontément une version virtuelle, individualiste et scabreuse de la femme disponible pour adoucir le choc de ce pillage symbolique et agir comme une diversion. L’indécence généralisée opère ainsi simultanément comme le mal et le remède.

Dire que les femmes n’appartiennent plus aux hommes c’est plus qu’un slogan féministe, car la dépossession n’est pas que sexuelle, elle est inévitablement politique et témoigne du passage de la sexualité de la fonction affective et reproductive à la fonction stratégique et régulatrice dans un contexte où les velléités politiques de la plèbe sont perçues comme dangereuses et doivent être désamorcées par tous les moyens. 
Le sexe n’est plus un ciment qui consoliderait la base de la cellule familiale comme échelon premier de la société, il est pris dans le tourbillon de la recherche effrénée de la satisfaction individuelle, il est l’outil privilégié des vendeurs d’illusions, le point d’appui de l’éloignement des sexes, l’instrument par excellence de la neutralisation des masses, comme le plus magistral des rouages de la machine infernale de l’aliénation humaine.

 

Ana Hiya

Auteur de l’article : Ana Hiya

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