Les mythes et les mensonges entourant le déclin de la civilisation islamique

Résumé

Ce document examine les interprétations occidentales dominantes des causes du déclin de la civilisation islamique. Il identifie et remet en question les forces et les facteurs souvent mis en cause par ces interprétations. Il suggère également quelques explications au déclin de l’Islam.

Le document examine en particulier un certain nombre d’affirmations : l’Islam est la cause de l’ignorance dans le monde musulman ; l’Islam fait obstacle au progrès ; l’orthodoxie islamique a joué un rôle destructeur ; les Turcs et les Berbères, dépeints comme de faibles fanatiques par Shaw, ont joué un rôle préjudiciable dans le monde islamique en la faisant entrer dans – comme l’a dit Renan – une période de brutalité ignorante.

Les principaux facteurs qui ont contribué à l’effondrement des califats islamiques, tant en Orient qu’en Occident, sont abordés. Il s’agit notamment de la destruction, infligée par les Mongols, et de la lenteur des progrès de la civilisation musulmane qui s’en est suivie, faute d’une base solide sur laquelle s’appuyer pour continuer à progresser dans les différents domaines du savoir. La destruction de l’économie musulmane aux mains des forces chrétiennes en croisade par des raids dévastateurs constants sur les ports riches, empêchant la formation de toute base d’échange stable, est détaillée.

Prelude

Si les musulmans sont si bons, et ont tant fait, comme le soutient ce site web, alors pourquoi le monde musulman est-il enfermé dans l’état d’appauvrissement qu’il est ? Pourquoi le monde musulman est-il une partie importante du monde sous-développé ? Et pourquoi si peu de découvertes scientifiques récentes proviennent du monde musulman ? En outre, qu’est-ce qui a fait que le monde musulman, qui a fait sortir la chrétienté occidentale de la barbarie, a été dépassé par ses successeurs ?

Ce sont là des questions absurdes, auxquelles il est impossible de répondre ici de manière adéquate compte tenu des nombreuses et diverses variables pertinentes englobant ces questions. Néanmoins, cet article vise à examiner certaines des raisons invoquées par les écrivains occidentaux pour expliquer le déclin rapide de la civilisation islamique. Nombre de ces raisons sont réfutées au cours du texte. Ensuite, certaines des raisons sous-jacentes du déclin de la civilisation islamique sont suggérées.

Les raisons du déclin de l’Islam selon les écrivains occidentaux

Sarton affirme :

Les réalisations des peuples arabophones entre le neuvième et le douzième siècle sont si importantes qu’elles déconcertent notre compréhension. La décadence de l’Islam et de l’arabe est presque aussi déroutante dans sa rapidité et son exhaustivité que leur ascension phénoménale. Les chercheurs tenteront à jamais de l’expliquer comme ils tentent d’expliquer la décadence et la chute de Rome. De telles questions sont extrêmement complexes et il est impossible d’y répondre de manière simple. 1

Cependant, la plupart des écrivains occidentaux, même certains favorables à la civilisation islamique, attribuent le déclin de la civilisation musulmane à l’Islam ou à certains groupes ethniques musulmans. Nous examinons ici leurs arguments.

L’Islam comme cause de la décadence du monde musulman

Toland dans les “Doutes sur les Religions”, traduit d’un texte anglais en 1739, prétend que le prophète Muhammad (sws) a ordonné à ses disciples d’être ignorants :

parce qu’il a clairement vu que l’esprit d’enquête ne lui serait pas favorable. C’est ainsi que l’Islam s’est maintenu.2

Diderot, également, dans une lettre du 30 octobre 1759, soutient que le Prophète est le plus grand ennemi de la raison, qu’il ne sait ni lire ni écrire, ce qui encourage les musulmans à haïr et à mépriser la connaissance, ce qui assure la survie de l’Islam.3 Et à l’exception du Coran :

Tous les livres ont été brûlés, soit parce qu’ils étaient superflus s’ils ne contenaient que ce qui s’y trouvait, soit parce qu’ils étaient pernicieux s’ils contenaient tout ce qui en était omis.4

Bien entendu, il fait ici référence, comme beaucoup de ses pairs, à l’infâme incident présumé de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie, un incident toujours ravivé pour justifier l’antagonisme islamique à l’égard de la connaissance. Voltaire, donc, astucieusement, a pardonné aux musulmans d’avoir “brûlé la bibliothèque d’Alexandrie (…) n’ont-ils pas par là même détruit les erreurs monumentales des hommes”.5

Diderot affirme également qu’à l’époque du calife Al-Mamoun, on entendait des gens crier à sa mort parce qu’il avait encouragé la science aux dépens de la “sainte ignorance” des croyants fidèles.5 L’amiral Bauffremont, dans le rapport de son voyage en Méditerranée et au Levant en 1766, dit :

Tous les peuples qui reconnaissent le Coran suscitent plus ou moins la même réflexion ; il est partout le plus odieux et le plus méprisable des gouvernements.6

J.D. Bate (1836-1923), qui a été missionnaire en Inde (1865-1897) et qui a également rédigé de nombreux articles pour le Missionary Herald et le Baptist Magazine, est de cet avis :

L’Islam réduit à un état de dégradation tout état civilisé sur lequel il obtient l’ascendant et rend impossible l’élévation sociale et morale, au-delà d’un certain point, des personnes même les plus dégradées. Partout où l’Islam a obtenu la seule ascendance, la vaste induction de douze siècles raconte une histoire uniforme : son ascension a été le glas de tout progrès et le signal d’une stagnation générale. 7

W.St Clair Tisdall (1859-1928), chef de mission à Bombay à partir de fin 1888 et secrétaire de la mission de Perse (1892-94) puis de 1912 jusqu’à sa mort rédacteur en chef adjoint de l’organe missionnaire : The Moslem World était très convaincu que :

Aucune grande civilisation, aucun scientifique de renom, aucune école de philosophie réputée, n’a jamais vu le jour sur le sol purement mahométan.8

E.A. Freeman ; 1833-91, à partir de 1884, professeur Regius d’histoire moderne à Oxford, a jugé que :

L’Occident est progressiste, légal, monogame et chrétien, l’Orient est stationnaire, arbitraire, polygame et mahométan.9

Les communistes : Karl Marx et Engels étaient également d’accord pour dire que l’Islam était un obstacle au progrès, et que son élimination et celle de ses partisans était la voie du progrès. Engels a pu écrire en 1848 dans un article de l’Étoile du Nord, que :

La victoire française sur l’émir Abd el Kader (1808-83) (en Algérie) a finalement été une bonne chose pour le progrès de la civilisation, car les Bédouins sont des voleurs barbares qui s’attaquent aux populations sédentaires, dont la prétendue noble liberté ne peut paraître admirable qu’à distance 10

Tandis que pour Karl Marx :

Quels qu’aient pu être les crimes de l’Angleterre, elle a été l’outil inconscient de l’histoire pour provoquer… une révolution fondamentale dans l’état social de l’Asie.11

Renan (1823-92) commente longuement ici pourquoi et comment l’Islam a entravé le progrès12

“L’esprit sémite a produit le monothéisme, et le christianisme et l’Islam ont conquis le monde, mais il ne peut produire rien d’autre – pas de mythes, donc pas de littérature ou d’art supérieur, à cause de la terrible simplicité de l’esprit sémite, fermant l’esprit humain à toute idée subtile, à tout sentiment fin, à toute recherche rationnelle, afin de le confronter à une éternelle tautologie : Dieu est Dieu”13

Ce qui a empêché l’essor de la science.

Dans une conférence sur l’Islam et la science, Renan a répété cette thèse en d’autres termes :

Quiconque a été en Orient ou en Afrique aura été frappé par le genre de cercle de fer dans lequel la tête du croyant est enfermée, le rendant absolument fermé à la science, et incapable de s’ouvrir à quoi que ce soit de nouveau. 14

Renan affirme que le succès de la science islamique, qu’il apprécie pleinement, est dû au fait que l’élan scientifique n’a pas du tout été affecté par l’Islam : une enclave, principalement l’œuvre de personnes non musulmanes telles que les Nestoriens, les Harraniens, etc. vivant en terre d’Islam, mais échappant, comme il le dit, à “la pression islamique”.15

Bien sûr, Renan ignore complètement que l’écrasante majorité des scientifiques de la civilisation islamique ( Al-Khwarizmi ; Ibn Sina ; Ibn Khaldoun ; Al-Zahrawi ; Ibn Al-Haytham, Al-Biruni ; Al-Kindi etc.) étaient de véritables musulmans (même si certains avaient des croyances hétérodoxes) de Turquie, du Maghreb, de Syrie, d’Égypte, d’Irak, d’Iran, du Yémen, d’Espagne, etc. Il ne remarque pas non plus que l’écrasante majorité des intellectuels musulmans, espérait être guidée à tous égards par leur foi, citant, comme le rappelle Pedersen à ses lecteurs16 , la formule “Au nom d’Allah le Miséricordieux, le Compatissant”, et suppliant toujours Allah de leur accorder la grâce et la force de mener à bien l’entreprise, et de les guider dans leur effort, pour que leur travail serve ce qui est juste et utile.

Mais ce n’est pas là que s’arrête l’argumentation de Renan. Il a des projets pour la terre de l’Islam :

“C’est l’esprit aryen”, soutient-il, “qui a créé tout le reste : la vie politique au sens réel, l’art, la littérature – les gens sémitiques n’en ont rien, à part quelques poèmes -, surtout la science et la philosophie. En ces matières, “nous sommes entièrement grecs”. Même les sciences dites arabes étaient une continuation des sciences grecques… le christianisme ; aussi, dans sa forme développée, est l’œuvre de l’Europe. L’avenir de l’humanité est donc entre les mains des peuples d’Europe. Mais il y a une condition nécessaire pour que cela se produise : la destruction de l’élément sémitique dans la civilisation, et du pouvoir théocratique de l’Islam.” 17

Le Libanais Philip Hitti, de l’université de Princeton, est pleinement conscient du rôle de l’Islam dans la promotion de la civilisation, et a même fait l’éloge de cette civilisation, comme il l’a dit, des “Arabes”.18 Il se contredit donc lorsqu’il dit :

La modernisation sur le plan intellectuel et spirituel implique la sécularisation. La sécularisation signifie plus que la séparation entre l’Église et l’État. Elle remplace l’interprétation providentielle des événements historiques et des événements actuels de l’individu par une interprétation rationnelle basée sur les forces physiques et psychologiques. Il est rare qu’un numéro actuel d’un journal arabe ne mentionne pas à plusieurs reprises le nom d’Allah en rapport avec des rapports de naissance et de décès, de maladie et de santé, de fortune et de calamité, de succès ou d’échec, une relique de la pensée passée. 19

Plus récemment, un autre universitaire, Huff, qui raconte comment l’Islam est hostile à la science, commence par faire des éloges :
“Considérée dans son ensemble, en mathématiques, astronomie, optique, physique et médecine, la science arabe était la plus avancée au monde”. Après l’éloge suit l’attaque. Il demande : pourquoi la science arabe n’a-t-elle pas donné naissance à la science moderne (comme si toute la science d’Al-Khwarizmi, Ibn Sina, Al-Biruni, et les nombreux autres qui, de son propre aveu, ont donné naissance à la civilisation moderne actuelle n’était pas assez fondamentale) et pourquoi a-t-elle connu un déclin à partir du XIIe siècle.20 En se référant à Armand Abel21 il donne la réponse : la religion : l’Islam,

Une formulation courante de l’influence négative des forces religieuses sur le progrès scientifique suggère que les douzième et treizième siècles ont vu la montée du mysticisme en tant que mouvement social. Ceci a à son tour engendré l’intolérance religieuse, en particulier pour les sciences naturelles et la substitution de la poursuite des sciences occultes à l’étude des sciences grecques et rationnelles. 22

Cela nous amène à la soi-disant orthodoxie, que d’autres accusent également de la décadence de l’Islam et de sa civilisation.

Le rôle “destructeur” de l’orthodoxie islamique

Commençons par Sarton (1884-1956), qui déclare que

La grande tolérance dont ont fait preuve les premiers califes abbassides envers les non musulmans, et en particulier Al-Mamun et Al-Mutassim, a pris fin soudainement sous Al-Mutawakkil (847-861), qui s’est proclamé champion fanatique de l’orthodoxie sunnite et a persécuté avec la même cruauté les personnes d’autres confessions et les Mutazilites, c’est-à-dire les libéraux de sa propre foi. Pourtant, Al-Mutawakkil continua à protéger les hommes de science, principalement les médecins, et encouragea l’école de traducteurs dirigée par Hunain ibn Ishaq. 23

Bien qu’Al-Mutawakil ait été accusé d’avoir tué l’enseignement islamique au IXe siècle, nous constatons un siècle plus tard qu’un autre personnage est accusé de ce meurtre. La principale source coupable de la suppression de l’enseignement islamique serait Al-Ashari de Bassora. Al-Ashari, (873/874-d.935/6), nous dit Sarton, était d’abord un Mu’tazilite qui “reconverti à l’orthodoxie sunnite en 913, dévoua désormais toute son activité à la rationalisation et à la défense de sa foi (…) Il peut être appelé le fondateur de la scolastique musulmane, et a rétabli l’unité théologique et l'”orthodoxie”.24

Wiet nous rapporte le rôle “destructeur” d’Al-Ashari :

Ses idées (Al-Ashari) ont été saisies par les pieux bigots, et c’est ce groupe qui a précipité le déclin de la vie intellectuelle islamique. Sa rigueur piétiste ne pouvait conduire qu’à l’asservissement de la pensée ; ses idées étaient imposées au croyant sous la forme d’un catéchisme. 25

Pour E.G. Browne, l’influence destructrice d’Al-Ashari est comparable à celle de Gengis Khan (1167-1227) et de Hulagu (1217-1265).26


Multhauf, qui avait déjà identifié l’impact destructeur de l’orthodoxie islamique au IXe siècle, la fait également coïncider avec Al-Ashari et Al-Farabi. Il dit

Une réaction orthodoxe et anti-intellectuelle a pris de l’ampleur à Bagdad du vivant d’Al-Farabi (870-950), et les grands philosophes de l’Islam sont ensuite apparus ailleurs. 27

Ainsi, selon Browne, Wiet et d’autres, l’orthodoxie a tué la libre pensée et la science au Xe siècle, alors que nous pouvons constater que dans la première moitié du Xe siècle, les musulmans étaient en fait au sommet de leurs réalisations, comme l’a souligné Sarton :

La tâche principale de l’humanité a été accomplie par les musulmans. Le plus grand philosophe, Al-Farabi, était un musulman ; les plus grands mathématiciens, Abu Kamil et Ibrahim ibn Sinan, étaient des musulmans; le plus grand géographe et encyclopédiste, Al-Masudi, était un musulman; le plus grand historien, Al-Tabari, était toujours un musulman. 28

Il y en avait aussi : Al-Ashari, lui-même, Al-Hamdani, Abu Dulaf, Abu Al-Faraj Al-Isfahani, Ibn Duraid ; Ibn Rusta, Ibn Al-Faqih, Abu Zaid ; Abu Bakr Al-Razi ; Al-Balkhi et Al-Jaihani ; Al-Farabi et Ibn Amajur

C’était la culture musulmane la plus élevée de cette époque, s’étendant de l’Asie centrale à l’extrémité occidentale du monde.29

Par conséquent, ceux qui ont identifié Al-Ashari comme un personnage négatif de premier plan sont loin du compte.

Même si la destruction de l’enseignement islamique par l’orthodoxie est censée avoir eu lieu depuis longtemps, certains “érudits” ont décrit cette mort comme survenant une fois de plus. Ainsi, raconte Von Grunebaum :

Du point de vue de l’orthodoxie, rien n’a été perdu et peut-être beaucoup gagné lorsque, à la fin du moyen âge, la civilisation islamique s’est préparée à renoncer aux sciences étrangères qui ne pouvaient qu’apparaître comme de dangereuses distractions. La réduction de la portée intellectuelle a dû sembler un petit prix à payer pour la préservation de l’expérience religieuse originale. Non seulement la substance, mais aussi la méthode étaient suspectes. 30

Tandis que pour Campbell :

Avec le XIIe siècle, on constate le déclin de l’activité intellectuelle libérale dans l’Islam. La montée en puissance des races turques et de leur intolérance (une caractéristique, il faut le reconnaître, de la plupart des prosélytes) a été la première cause de la croissance de cette influence inhibitrice chez les musulmans…. Ainsi, alors que la philosophie éthique commençait à trouver un foyer en Europe latine, la réaction orthodoxe de l’Islam réduisait au silence les philosophes et les médecins arabes. 31

Parmi les orthodoxes, il semble qu’il y ait ceux qui sont plus orthodoxes (donc plus destructeurs) que les autres. Les principaux coupables, selon les historiens occidentaux, sont les Turcs et les Berbères.

Le rôle “destructeur” des Turcs et des Berbères

Les Turcs, et d’autres musulmans non arabes (Berbères), sont étiquetés comme de sombres fanatiques, comme le note Shaw.32

“Voici, selon moi”, dit Renan, “la leçon la plus curieuse qui résulte de toute cette histoire. La philosophie arabe offre l’exemple, plus ou moins unique, d’une très haute culture supprimée presque instantanément sans laisser de traces, et oubliée par les gens qui l’ont créée. L’islamisme a défait dans cette circonstance ce qui était irrémédiablement restreint dans son génie. Le christianisme, lui aussi, avait été peu favorable au développement d’une science positive. Il avait réussi à s’arrêter en Espagne et à l’entraver en Italie ; mais il ne l’a pas étouffé, et même les branches importantes de la famille chrétienne ont fini par se réconcilier avec elle. Incapable de se transformer et d’admettre tout élément de vie civile et profane, l’Islam a arraché de son sein tout germe de culture rationnelle. Cette tendance fatale a été combattue alors que l’Islam était aux mains des Arabes, une race raffinée et hautement spirituelle, et des Perses, une race qui penche fortement vers la spéculation ; mais elle ne pouvait pas régner puisque les barbares (Turcs, Berbères, etc.) ont pris la tête de l’Islam. Le monde islamique est alors entré dans une période de brutalité ignorante, dont il n’est sorti que pour tomber dans la triste agonie dans laquelle il se débat actuellement”.33

D’une certaine manière, comme Renan, Lebon dit :

La race arabe était très délicate et très généreuse, et ne s’est jamais écartée d’un esprit de tolérance. Cependant, lorsqu’au XIIIe siècle, les Arabes ont disparu de la scène, et que le pouvoir est tombé entre les mains des Turcs et des Berbères : des races “dures”, “brutales” et “sans cervelle”, l’intolérance a commencé à régner parmi les musulmans. Ce ne sont pas les doctrines qui sont intolérantes, mais les hommes parmi ces entités que nous venons de citer… L’intolérance est la marque des races “inférieures” : les Turcs et les Berbères. 34

Wiet et ses acolytes :

Pendant un siècle et demi, les Samanides se sont battus contre les Turcs nomades d’Asie centrale. Ces tribus barbares avaient, en tant que mercenaires, gonflé les forces du califat. 35

La nature de l’armée a changé suite à l’afflux constant de mercenaires turcs, recrutés en Asie centrale. Les Arabes et les Khorassiens ont été éliminés et ces gardes prétoriens en sont venus à exercer une influence dominante, ce qui a profondément modifié l’équilibre politique du pouvoir dans l’Islam. Ces Turcs étaient arrogants et insupportables ; ils faisaient et défaisaient les califes à volonté, sans respect même pour leur personne. 36

Et par les mêmes auteurs :

Nous pouvons dater l’apogée du monde musulman au Xe siècle, lorsque le contrôle arabe de la Méditerranée et de ses environs était à son apogée. Mais déjà sa décomposition future était annoncée par l’opposition entre trois califats rivaux. Au XIe siècle, le monde musulman a été soumis à des invasions majeures, celles des Berbères et surtout des Turcs. 37

La même impression est portée par Artz :

Le déclin frappant qui a suivi cet âge d’or est dû à plusieurs causes. Au milieu du XIe siècle, les Turcs seldjoukides arriérés, récemment convertis au musulmanisme, ont pris Bagdad et une grande partie du Proche-Orient. Les autorités Seldjoukides étaient répressives contre tous ceux qui n’étaient pas d’accord avec les théologiens musulmans orthodoxes ; dans le long et âpre combat de l’orthodoxie contre la liberté de pensée, les orthodoxes ont enfin pris le dessus… En même temps, les Seldjoukides ne pouvaient pas maintenir l’ordre ; la révolte constante et l’anarchie générale, rarement brisée par un dirigeant fort et éclairé, ont apporté la dévastation, le dépeuplement et la stagnation. La civilisation musulmane a connu, à partir du XIe siècle, le même problème d’envahissement par des cultures inférieures que l’Empire romain au Ve siècle… Il n’y a qu’en Afrique du Nord et en Espagne que les vieilles lumières de la connaissance islamique brillent encore. 38

Wiet et ses acolytes blâment non seulement les Seldjoukides, mais aussi leur mise en place du système des madrassas (par Nizam al-Mulk), l’effet destructeur des madrassas qu’ils décrivent ici :

Suite à l’extension du système des madrassas, la religion a cependant commencé à exercer une influence défavorable sur la recherche intellectuelle”. Il n’y a rien eu, écrit le père Abd Al-Jahl, “pas même la mise en place d’un système éducatif organisé par l’État, jusqu’alors inexistant, qui n’a pas contribué à l’ossification générale. L’effort intellectuel créatif a été étouffé par la création d’universités à Bagdad et ailleurs, qui devaient le favoriser. Un certain formalisme de la pensée universitaire, même s’il ne tient pas compte de l’étroitesse des idées, ne peut qu’entraîner la décadence, ne serait-ce que par l’étalage d’une érudition inutile et le respect des lieux communs. Il en résulta la production d’une strate de personnes à moitié instruites, qui avaient en quelque sorte subi une discipline de mise en mémoire des manuels : c’était inévitablement la fin de toute pensée indépendante. … L’enseignement de la madrassa s’est ossifié, et la décadence est descendue à l’est, pour la même raison que dans l’abandon occidental de la culture classique ; mais c’est au moment où l’Europe, en partie par le biais de la civilisation arabe, faisait sa redécouverte de cette même antiquité classique, que les universités orientales ont plongé dans les profondeurs de leur déclin. La rhétorique superflue triomphait et les établissements de savoir échangeaient des anciens ouvrages de qualité contre des manuels de synthèse locaux récents. 39

Réfutations

Ce site contient déjà suffisamment d’articles pour souligner le fait que le Coran ne s’est jamais opposé à la science. Au contraire, le Coran et le Hadith ont tous deux prêché la recherche du savoir. De nombreux exemples sont cités sur ce site pour le confirmer. En outre, les érudits musulmans n’ont jamais eu de problème avec leur foi. Aucun d’entre eux n’a jamais été brûlé sur le bûcher pour ses idées. Pour donner une ou deux illustrations de ce fait et de la proximité entre l’Islam et la science, il est utile de se référer à Dreyer en ce qui concerne la forme sphérique de la terre, notion qui, dans la chrétienté occidentale, presque jusqu’à l’époque moderne, a conduit ses partisans à être contraints de se rétracter ou à être brûlés sur le bûcher. Dans le monde islamique, en revanche, selon Dreyer, il n’y avait pas une telle hostilité envers la science, et il n’existe aucune trace de persécution d’un musulman pour avoir déclaré que la terre était une sphère pouvant être habitée partout et qu’elle était également très petite par rapport à la taille de l’univers40.

La proximité de la foi et de la science est mieux illustrée ici par la réflexion d’Al-Battani au début de son Zij Al- Sabi :

La science des corps stellaires est d’une immense utilité car elle permet de connaître la longueur de l’année, les mois, les différentes heures et saisons, l’allongement et le raccourcissement du jour et de la nuit, la position du soleil et de la lune ainsi que leurs éclipses, et la course des planètes dans leurs mouvements directs et rétrogrades, les modifications de leurs formes et l’agencement de leurs sphères. Cela conduit les gens, qui réfléchissent profondément et avec persistance, à la preuve de l’unicité de Dieu et à la compréhension de sa majesté, à son immense sagesse, à sa puissance infinie, et à la compréhension de l’excellence de son acte. 41

L’Islam en tant que civilisation mondiale

Selon Scott :

Le développement rapide et presque miraculeux de l’esprit humain était la conséquence inévitable d’une politique fondée sur ces principes dont l’application avait favorisé le merveilleux progrès de chaque nation dirigée par les successeurs éclairés de Muhammad42

Ainsi, lorsque le prophète Muhammad (sws) a commencé à prêcher la parole de l’Islam, Durant note que “l’Arabie était un désert peuplé de tribus idolâtres; à sa mort, c’était une nation”.43
Trimingham met en lumière certaines des façons dont l’Islam a modifié la société africaine, par le biais :

  • La désintégration des cultes organisés des esprits des ancêtres et de la communauté qui régissent la vie sociale, et la réorientation du culte vers le Dieu unique.
  • L’évolution des idées sur les comportements conformes à la morale trouve une nouvelle source dans une loi écrite.
  • Désacralisation de l’idée de sacrifice. Adoption de l’idée islamique de la Sadaqa. Influence de l’arabe et augmentation conséquente des moyens d’expression à travers le monde musulman. La notion de sacrilège.
  • Une attention particulière est accordée aux commerçants et au commerce. Création d’une classe de négociants réglementée. L’effet de la loi contractuelle islamique et l’interdiction de l’usure.
  • Sensibilité de l’Islam à la nudité, conduisant à l’adoption du vêtement comme élément d’uniformité de surface. L’effet des règles rituelles sur la propreté personnelle. Raffinement des manières et de la vie matérielle par l’introduction à une civilisation plus développée. L’effet des tabous islamiques sur certains types de nourriture, boisson, actions et art de la représentation.

En ce qui concerne la responsabilité des Berbères et des Turcs dans la décadence de l’Islam et de sa civilisation, ce site web est rempli d’articles et d’exemples qui démontrent comment les Berbères et les Turcs ont considérablement contribué à la civilisation islamique. Des exemples de brillance architecturale, en particulier, ont mis en lumière cette contribution. En outre, si les historiens occidentaux avaient regardé de plus près, ils auraient constaté qu’Ibn Rushd, Ibn Tufail, Ibn Zuhr et de nombreux autres érudits similaires ont trouvé un environnement extrêmement encourageant parmi les Berbères almohades44, et qu’Al-Khazin, Al-Jazari et de nombreux scientifiques illustres de l’Islam ont été activement parrainés par les dirigeants seldjoukides. Les souverains seldjoukides ont donné à l’Islam la madrassa, qui a été la première institution à ouvrir les portes de l’apprentissage à tous les enfants, indépendamment de leurs revenus, le premier cas d’apprentissage universel de l’histoire. La madrassa, contrairement à ce que disent Wiet et d’autres, a été utilisée comme modèle sur lequel se sont basés les premiers établissements universitaires d’Europe et d’Amérique45. De plus, les Turcs ont produit de grands scientifiques et érudits, des géographes, des architectes et des dirigeants que l’histoire aura du mal à égaler : des hommes comme Al-Farabi, Al-Biruni, Al-Khwarizmi, Al-Battani, Thabit Ibn Qurra, Bayazid, Muhammed II et Piri Reis.

C’est en fait une hostilité envers les Berbères et les Turcs qui explique qu’on leur reproche la décadence de l’Islam. Cette hostilité a ses raisons. Vous pouvez lire cet article qui explique ceci plus en détails.

Les Ottomans qui se sont battus pour l’Islam de la fin du XIIIe siècle jusqu’au début du XXe siècle ont inévitablement dû subir l’opprobre de la majorité des historiens occidentaux. Il est impossible de rendre plus justice à la contribution ottomane à la civilisation dans cet article. Il convient toutefois de noter un travail récent qui a impliqué un large éventail de spécialistes du monde entier sur ces contributions de manière très détaillée69.

Les attaques contre les Turcs et les Berbères, tout en semblant faire l’éloge des Arabes, suivent un schéma historique, vieux de plusieurs siècles, selon lequel un groupe du Moyen-Orient a toujours été favorisé au détriment d’un autre, généralement pour vaincre les plus forts. Ces tactiques ont été utilisées pendant les Croisades (1096-1291), lors de la reprise de l’Espagne (13e siècle), contre les Ottomans (14e-20e siècle), lors de la conquête de l’Inde (18e-19e siècle) et contre les Mamelouks (13e-19e siècle). Chaque fois qu’une attaque était prévue, un groupe ethnique musulman était armé pour en combattre un autre afin de prendre le contrôle des terres islamiques. Au cours du XIXe siècle, les Arabes ont été indirectement loués et les Turcs diabolisés : c’était bien sûr l’époque de la colonisation européenne du monde musulman, et il était tout à fait normal que les puissances colonisatrices tentent de détacher les Arabes de leurs dirigeants ottomans par diverses tactiques telles que les louanges aux Arabes et l’établissement d’une alliance avec l’un pour battre l’autre. Bien sûr, c’est à la fois répugnant et difficile à comprendre pour les musulmans, car fomenter des querelles entre communautés et groupes ethniques est pire que le meurtre, comme cela est dit à plusieurs reprises dans le Coran.

Les exemples ci-dessus montrent que le rôle des Turcs et des Berbères n’a pas été la cause du déclin mais qu’ils ont réussi à unir les musulmans devenus divisés et à repousser les croisés envahisseurs et les Mongols en sauvant les terres et les populations musulmanes de l’extermination.

La production scientifique de l’Islam a décliné dans une très large mesure parce qu’à partir des années 1220, toutes les parties orientales de Ferghana, Khwarizm, Herat et d’autres parties du monde musulman ont été dévastées par les Mongols, chaque élément des grandes infrastructures ayant été anéanti et des centaines de milliers de personnes massacrées70 : Cordoue (1236), Valence (1238), Séville (1249) et le reste de l’Espagne à l’exception de Grenade ; et d’autres temporairement comme Bagdad (1258), la Syrie (Alep, Damas, etc., en 1259-1260) ; ceci en plus de la perte de la Sicile à la fin du XIe siècle. Même celles qui ont été récupérées, Bagdad et d’autres villes syriennes, ont été gravement dévastées, et ont été encore plus perturbées par d’autres invasions (par exemple celle de Tamerlan, qui a même emporté les artisans syriens sur ses terres). Aucune civilisation, même la plus puissante d’aujourd’hui, ne peut survivre si tous les principaux centres de pouvoir sont perdus ou dévastés par des hordes barbares comme les Mongols.

Cela peut être démontré par une consultation de Sarton71 ou du Dictionnaire de biographie scientifique72 qui montre que près de 90 % des musulmans célèbres sont originaires de ces lieux dévastés par les Croisés et les Mongols, dont 95 % vivaient avant la fin du XIIIe siècle. Ce sont quelques-uns des aspects qui vont être examinés maintenant.

Diverses raisons de la décadence de la civilisation islamique

Un certain nombre de raisons expliquent la désintégration de la civilisation islamique. Certaines des raisons majeures, mais pas toutes, doivent être examinées ici :

La destruction des califats islamiques en Orient et en Occident

La civilisation islamique a vu le jour peu après la révélation de l’Islam par Muhammad (622 de notre ère). Elle a duré pendant une grande partie du Moyen-Âge mais a succombé aux forces extérieures au cours du XIIIe siècle à la suite de la perte des centres de pouvoir islamiques et de la civilisation associée : Cordoue (1236), Valence (1238), Séville (1249), et Bagdad (1258), toutes tombant en l’espace de quelques décennies face aux envahisseurs. Peu après Bagdad, Damas et d’autres centres syriens sont également tombés aux mains de hordes mongols, complétant ainsi un cycle de catastrophes qui avait commencé quelques décennies auparavant.

Sur l’impact particulier des Mongols, Browne concède “l’horrible catastrophe” de l’invasion mongole ou tartar du XIIIe siècle, qui a infligé à l’Islam un coup dont il ne s’est jamais remis73 . Le califat a été renversé et sa métropole saccagée et dévastée en 1258 après J.-C., et bien que les érudits survivants de la jeune génération aient perpétué la solide tradition d’érudition pendant un certain temps encore, il existe, en gros, une différence non seulement de degré mais aussi de nature entre les travaux littéraires et scientifiques réalisés avant et après le treizième siècle dans l’ensemble des pays de l’Islam. La médecine et l’histoire ont dû leur immunité relative au désir de santé et de gloire des conquérants sauvages74.

Sir Thomas Arnold commente cet assaut mongol :

La civilisation musulmane ne s’est jamais remise des destructions que les Mongols lui ont infligées. Les grands centres culturels, tels que Herat et Boukhara, ont été réduits en cendres et la population musulmane a été impitoyablement massacrée…. Sous le commandement de Hulagu, ils apparurent devant les murs de Bagdad, et après un bref siège d’un mois, le dernier calife de la maison abbasside, Mustasim, dut se rendre, et fut mis à mort avec la plupart des membres de sa famille ; 800 000 habitants furent emmenés par lots hors de la ville pour être massacrés, et la plus grande partie de la ville elle-même fut détruite par le feu. 75

L’exposé de Glubb76 sur l’événement comporte peu de détails supplémentaires intéressants et se termine par

Pendant cinq cents ans, Bagdad a été une ville de palais, de mosquées, de bibliothèques et de facultés. Ses universités et ses hôpitaux étaient les plus modernes du monde. (Après le passage des Mongols) il ne restait plus que des tas de décombres et une puanteur de chair humaine en décomposition. 77

La Syrie, autrefois un centre florissant de pouvoir et de civilisation islamique, a subi un sort similaire. Un exemple semble typique. Ici, Lapidus trace, brièvement, le destin d’Alep, autrefois l’une des villes commerciales florissantes de Syrie, riche en artisanat et en travailleurs. Elle a été occupée par les Mongols à trois reprises et a donc été réduite à un état de dénuement. En 1260, la citadelle, les murs, la grande mosquée et les structures environnantes furent détruits. Selon les récits, la population fut systématiquement massacrée. En 1280, les mosquées, les madrassas, les maisons des émirs et le palais du sultan sont pillés et brûlés. Et la même chose se produisit à nouveau en 1300, et dans les années suivantes.78

Le fort déclin de la population syrienne illustre très bien ce qui s’est passé dans le pays au cours de ces siècles critiques79. Au moment de l’invasion franque, la population du pays s’élevait à 2,7 millions d’habitants80 ; deux siècles plus tard, malgré un renouveau sous les Mamelouks, en 1343, elle ne comptait plus que 1,2 million d’habitants81 .

L’arrivée de Timur à la fin du XIVe siècle a mis fin à toute chance de reprise par l’Orient musulman après l’assaut mongol. L’historien Gibbon raconte :

Le front de Timur était couvert d’une ligne d’éléphants indiens, dont les tourelles étaient remplies d’archers et de feu grégeois : les mouvements rapides de sa cavalerie complétaient le désarroi et le désordre ; les Syriens se repliaient les uns sur les autres : plusieurs milliers furent étouffés ou massacrés à l’entrée de la grande rue, les Moghols (Timourides) entrèrent avec les fuyards et après une courte défense, la citadelle, l’imprenable citadelle d’Alep, se rendit. Parmi les suppliants et les captifs, Timur distingue les juristes, qu’il invite au périlleux honneur d’une rencontre personnelle… Au cours de cette paisible conversation, les rues d’Alep ruissellent de sang, et résonnent à nouveau des cris des mères et des enfants, des cris des vierges violées. Le riche butin abandonné à ses soldats pouvait stimuler leur avarice, mais leur cruauté était imposée par l’ordre péremptoire de produire un nombre adéquat de têtes, qui, selon sa coutume, étaient curieusement empilées en colonnes et en pyramides : les nababs célébraient la fête de la victoire, tandis que les musulmans survivants passaient la nuit en larmes et enchaînés. Je ne m’attarderai pas sur la marche du destructeur d’Alep à Damas, où il a été brutalement rencontré, et presque renversé, par les armées d’Égypte…. (mais) abandonnés par leur prince, les habitants de Damas défendaient encore leurs murs et Timur consentit à lever le siège, à condition de décorer sa retraite d’un cadeau ou d’une rançon : chaque article de neuf pièces .
Mais à peine s’était-il introduit dans la ville, sous le couvert d’une trêve, qu’il viola perfidement le traité, imposa une contribution de dix millions d’or… et après une période de sept siècles, Damas fut réduite en cendres, car un Tartare était animé par le zèle religieux pour venger le sang d’un Arabe. Les pertes et les fatigues de la campagne obligèrent Timur à renoncer à la conquête de la Palestine et de l’Égypte ; mais à son retour dans l’Euphrate, il livra Alep aux flammes… enfin je mentionnerai brièvement qu’il érigea sur les ruines de Bagdad une pyramide de quatre-vingt-dix mille têtes. 82

En Espagne, le même tableau de dévastation se dessine. Read donne des extraits vivants, bien que brefs, des destructions et des massacres qui ont suivi chaque conquête de villes musulmanes pendant la reconquête chrétienne (du 11e au 13e siècle).83 Scott84 et Lea85 donnent plus de détails. Une seule illustration est que, après la bataille de Navas de Tolosa en 1212, qui a annoncé la fin de l’Espagne islamique, 70 000 musulmans ont été massacrés sur ordre des évêques de Tolède et de Narbonne qui étaient présents sur les lieux.86

L’attaque combinée Mongols-Timur-Chrétiens, approuvée par le pape, n’a laissé que très peu de choses qui pourraient constituer une base solide pour poursuivre l’élan de l’Islam dans le domaine de la science ou de la connaissance. Après la perte de Bagdad et de Cordoue, en particulier, il ne restait que peu de centres pouvant fournir un point de convergence pour de telles activités. Damas et Séville, les deux villes suivantes en termes d’importance et d’influence, ont également été perdues, tout comme les villes d’Asie centrale situées à l’extrême est. Il convient de rappeler que Palerme et la Sicile avaient également disparu plus d’un siècle auparavant, même si, au début, les dirigeants chrétiens étaient désireux d’employer des savants arabes. Ainsi, seul le Caire est resté aux mains des Mamelouks. Mamelouks engagés dans un large combat pour l’Islam : ils étaient en effet en guerre contre les Croisés, les Mongols et les Arméniens.

En fait, le pouvoir islamique, entre les mains de ses défenseurs, les Mamelouks et les Turcs, était désormais principalement orienté vers le militaire.

Avec de telles pressions sur leur territoire, la plupart des esprits avaient peu de temps pour s’attarder sur les théories astronomiques ou mathématiques. Ainsi, l’énergie jadis intense consacrée à la science et l’esprit détendu de la découverte scientifique, qui prévalaient sous les premiers Abbassides, bien qu’ils ne soient pas totalement oubliés, ont largement cédé la place aux esprits batailleurs. Les signes de science et de splendeur qui ont suivi après le XIIIe siècle, que ce soit dans les écrits d’Ibn Khaldoun ou l’achèvement de l’Alhambra, ou la construction d’observatoires, étaient bien trop éloignés dans le temps, en contraste total avec l’époque académique intense (IXe-XIIIe siècles).

Les savants étaient désormais trop dispersés, les madrassas et les bibliothèques avaient été saccagées, les hôpitaux ruinés, les barrages, les ponts, les ouvrages d’irrigation étaient généralement en mauvais état, le commerce traditionnel entre l’Est et l’Ouest totalement perturbé. Toute tentative de reconstruction était entravée par les développements ultérieurs. Les pirates européens, du XIIIe au XVIe siècle, vont affecter les villes-ports d’Afrique du Nord jusqu’en Égypte, compromettant gravement le commerce. Lorsque ces attaques ont été jugulées par les Ottomans et les marins algériens au XVIe siècle, de graves dommages avaient été infligés, il ne restait pratiquement plus d’infrastructure ni d’organisation commerciale. À la fin du XIVe siècle, Timur avait également fait irruption depuis l’est, et avec ses hordes, il a littéralement rasé toutes les infrastructures qui avaient échappé aux Mongols : écoles, hôpitaux, travaux d’irrigation, barrages…. en plus de massacrer la quasi-totalité des populations locales, de l’Afghanistan aux côtes syriennes. Aujourd’hui, de nombreuses régions des terres islamiques autrefois florissantes et irriguées sont exactement comme Timur les a laissées il y a sept siècles. Puis, à la fin du XVe siècle, les Portugais sont venus perturber le commerce islamique avec l’Inde, la Chine et le reste de la région. À cette époque, seuls les Ottomans ont empêché l’effondrement total de toute la terre de l’Islam, bien que des pertes progressives de territoire (l’empire moghol, les terres d’Asie centrale, etc.) aient déjà eu lieu. Lorsque la puissance ottomane a décliné, au cours du XIXe et du début du XXe siècle, les terres d’Islam se sont désintégrées, les unes après les autres, tombant entre les mains des Européens, jusqu’à ce que le contrôle et le pouvoir islamique soient complètement dissous à la fin de la première guerre mondiale (1918).

Le déclin de l’État islamique

Pour ce chapitre, lisez cet article si ce n’est pas déjà fait.

La destruction du système économique islamique

Les attaques des pirates chrétiens occidentaux contre les centres islamiques de richesse sur terre et sur mer ont considérablement réduit la puissance économique des terres musulmanes. Braudel note en effet98 que la fortune de l’Islam a été les villes-ports d’Alexandrie, Palerme, Tunis, Béjaïa, Almeira, etc. qui ont assuré la richesse et la prospérité tant que les musulmans étaient puissants, mais qui ont souffert des raids des pirates chrétiens européens au Xe siècle. “C’est le destin des riches”, explique Braudel, “de devenir des proies et des tentations pour les pauvres. Au Xe siècle, contrairement à une époque ultérieure, le riche était la puissance musulmane, et le pauvre était le chrétien.” 99 La Méditerranée, autrefois un lac islamique, coulait désormais toute entreprise, Braudel cite un marchand musulman, disant :

Ne vous étonnez pas de voir mes cheveux blanchir de chagrin, mais vous devez vous demander pourquoi le noir de mes yeux n’était pas devenu blanc à la place. Maintenant, la mer appartient aux Romains. Les bateaux qui s’y aventurent ne courent que de grands risques. Seule la terre appartient aux musulmans. 100

Les villes côtières d’Égypte et d’Afrique du Nord n’étaient pas non plus très sûres, devenant la cible constante de raids dévastateurs qui empêchaient la formation de toute base d’échange stable, quelle que soit son ampleur. Au XIe siècle, les chrétiens conscients de la faiblesse des musulmans (désunis en Espagne, s’affrontant aussi bien en Orient qu’en Sicile) cherchent des flottes musulmanes, les suivent et les provoquent, débarquent en Afrique et mettent le feu aux campagnes et aux entrepôts.101 Jamais les hostilités n’ont été plus vives, plus meurtrières et plus incessantes.102 En 1146, Djidelli (nord-est de l’Algérie) est pris et saccagé par les forces chrétiennes.103 En 1284 et 1285, Roger Doria, amiral d’Aragon, profitant d’un moment où les prétendants au trône se battent à Tunis, débarque soudainement sur l’île de Gerba, ravageant ses campagnes, amassant un immense butin, et emmenant plus de 2000 captifs, qu’il vend en Europe. En 1304, les chrétiens se réjouissent lorsque la flotte pisane, renforcée par des navires génois, et probablement provençaux, prend la ville de Bone, et ravage la côte jusqu’à Carthage.104 En 1365, une flotte européenne combinée totalisant 165 navires part pour une cible secrète, la direction d’Alexandrie n’étant citée qu’au dernier moment. Le 9 octobre 1365, ils débarquèrent ; et pendant sept jours, ils massacrèrent, pillèrent et mirent le feu à la ville.105 Les années suivantes (décembre 1366 et septembre 1367), les villes côtières égyptiennes et syriennes subirent des raids menés par le monarque croisé Pierre Ier du Portugal106. Le Maroc, pour sa part, a dû faire face à l’alliance combinée des Castillans et des Génois jusqu’en 1344, cette force combinée des puissances chrétiennes étant nécessaire pour battre la flotte marocaine.107

Au cours des XIVe et XVe siècles, les villes côtières syriennes et égyptiennes ont également dû faire face à des attaques de pirates chrétiens, effectuant des débarquements et des raids dévastateurs comme ceux de Boucicaut (c.1366-1421, maréchal de France) en 1403.108 Les villes côtières comme Beyrouth, Tripoli, Alexandrie, Rosette et Damiette, ont subi des raids constants et dévastateurs. Les Mamelouks ont été obligés de dépenser davantage pour leurs défenses maritimes et ont cherché des matériaux en utilisant des expéditions escortées sur les côtes anatoliennes, ce qui les a saignés financièrement.109

Puis vint l’irruption portugaise, une irruption bien mise en évidence par la politique du prince Henri le Navigateur du Portugal (1394-1460). Son esprit, selon Russel, a toujours été dominé par une dévotion zélée aux doctrines jumelles de la chevalerie et de la Croisade110 :

La guerre contre les Maures satisfera les deux objectifs (terrestre et ultérieur) et devrait donc être entreprise. 111


La piraterie portugaise a littéralement donné le coup de grâce au système économique islamique dans l’océan Indien. Jusqu’à présent, et tout au long de la période médiévale, explique Abu Lughod, les navires et les marchands musulmans dominaient le circuit occidental entre le golfe Persique et la mer Rouge et les côtes sud de l’Inde ; là, ils étaient rejoints par des navires indiens qui partageaient avec les Chinois, la domination sur le deuxième circuit vers le détroit112 :

Avant l’arrivée des Portugais…. en 1498, il n’y avait eu aucune tentative organisée par un quelconque pouvoir politique pour contrôler les voies maritimes et le commerce à longue distance de l’Asie… L’océan Indien dans son ensemble et ses différentes mers n’étaient pas dominés par une nation ou un empire particulier. 113

Tout a changé avec les Portugais, qui ont délibérément massacré les marchands musulmans114. Les Portugais, selon Heyd :

ont poursuivi simultanément deux objectifs visant le même but : l’extension de leur propre commerce, par l’ouverture de plus de débouchés, et la suppression de celui des Arabes par la destruction de leur flotte commerciale. Il est impossible de compter le nombre de bateaux arabes que la flotte (portugaise) a attaqué, que ce soit en haute mer ou près des côtes, qui ont coulé, brûlés après avoir été pillés et dont les passagers et l’équipage ont été massacrés. 115

Crawfurd a mis en lumière en détail les massacres commis par les Portugais.116 Au XVe siècle, ils menaient une croisade de pirates contre tous les navires musulmans qu’ils pouvaient trouver. Rencontrant un navire contenant deux cent soixante pèlerins à destination de la Mecque, dont une cinquantaine de femmes et d’enfants, ils ont “épargné” et baptisé vingt enfants; les autres passagers ont été enfermés à l’intérieur du navire avant de l’incendier117 .

En 1500, Vasco De Gama, chevalier du Christ, en arrivant dans la région, bombarde la ville de Calicut pendant trois jours, avant de se lancer dans le découpage des oreilles, du nez et des mains des prisonniers, puis de les brûler. De Gama a ensuite coulé les bateaux des pèlerins qui se rendaient à la Mecque, ordonnant à ses hommes de jeter les survivants à l’eau.118

Albuquerque, après avoir capturé Goa, a envoyé ce message au sultan :

J’ai brûlé la ville et passé tout le monde au fil de l’épée. Pendant quatre jours, vos hommes ont été saigné sans interruption. Peu importe où nous les avons trouvés, nous n’avons pas épargné la vie d’un seul musulman, nous en avons rempli les mosquées et nous y avons mis le feu… 119

Pour leur succès, les Portugais ont bénéficié de l’aide de nombreux alliés locaux. Le sultan du Gujarat, Bahadur Shah, céda ainsi aux Portugais l’île de Diu, à partir de laquelle ils opéraient, en 1535.120 Et le Shah Ismail, armé par eux, combattit également du côté portugais.121


Dans ce processus, les Portugais ont ruiné l’État mamelouk avec ses dépenses massives et futiles pour la protection de sa flotte.122

En Afrique du Nord, pour éviter le pillage, les principautés musulmanes ont accepté de verser des taxes en échange de la “protection” des royaumes chrétiens. Ainsi, le traité avec Bejaia de 1314, par exemple, prévoyait un paiement au roi d’Aragon de 500 ducats par an.123 Les traités de 1314 et 1323 avec Tunis attribuaient au roi 4000 ducats par an à partir des droits payés par ses sujets.124 Il était normal pour les états chrétiens hispaniques médiévaux, note Armesto “de multiplier les voisins maures pour obtenir de l’argent en échange de leur protection”, et fréquemment cette relation d’affluence était le prélude à une éventuelle conquête. Les droits de La “reconquête” (Reconquista), que les rois chrétiens hispaniques ont revendiquée sur les musulmans, était universellement supposée s’étendre à l’Afrique du Nord.125

En conséquence, les Portugais ont pris Ceuta en 1415, Ksar-el-Srir, et ont avancé leur avant-poste vers Tanger en 1458, puis ont avancé dans Anfa entre Azamour Rabat et Arzilla en 1471, et finalement Tanger a capitulé devant eux.126 Les Espagnols prennent Grenade (1492), puis Melila (1497), Mers el-Kebir (1505) ; Oran (1509) ; Bejaia et Tripoli (1510), et menacent de prendre toute l’Afrique du Nord jusqu’à ce que l’intervention turque les repousse. En fait, en Méditerranée, les flottes turques et algériennes se sont battues contre les flottes espagnoles, génoises et vénitiennes pendant un siècle et demi.127 Les Marocains, en revanche, ont enfin détruit le pouvoir portugais lors de la bataille des Trois Rois, qui a eu lieu le 4 août 1578,128 lorsque les Marocains ont anéanti toute la noblesse portugaise et le meilleur de ses chevaliers et de son armée dans une bataille qui a coûté la vie à trois rois.129 A la veille de cette bataille, toute la noblesse portugaise était arrivée au Maroc, accompagnée de ses tribunaux et de ses serviteurs qui s’attendaient à rester éternellement au Maroc.130

Les Marocains ont détruit le pouvoir portugais, mais d’autres puissances rôdaient encore sur les mers. Déjà, au début du XVIe siècle, des marchands en guerre sont descendus sur la côte atlantique de l’Afrique du Nord entre la prise d’Agadir (1505) et la fortification de Mazagran (1514) avec une efficacité dévastatrice.131 Les fortifications côtières ont aidé les Européens chrétiens à enfermer les musulmans au Maroc et ont sécurisé les routes océaniques menant à l’Inde et au-delà.132

Les pirates chrétiens ont saigné l’économie marocaine, selon Mathiex, et ce juste au moment où l’Afrique du Nord et le Levant prenaient conscience de l’importance de leur commerce maritime.133 Les côtes musulmanes sont devenues des zones d’insécurité, et le commerce maritime islamique est mort dès sa naissance.134 Dans un effort pour échapper aux ravages causés par ces pirates (souvent encouragés par les rois chrétiens), explique Mathiex, les commerçants musulmans ont utilisé le transport maritime étranger plutôt que celui des musulmans afin d’obtenir une protection si les pirates les prenaient ; mais les pirates européens ont trouvé des moyens de contourner ce problème, en citant le fait que les pavillons ne couvraient que les marchandises (sous entendu : les passagers ne sont pas concernés par la protection accordée aux pavillons)135 . Livourne (un port négrier) était si prospère (à l’abri des attaques de navires musulmans) que tout marchand d’esclaves chrétien à la fin du XVIIe siècle possédait deux ou trois maisons de commerce, spécialisées dans le commerce des esclaves, et les plus pauvres d’entre elles avaient un capital de 150 000 écus.136 Participaient à ce commerce lucratif certaines des plus hautes personnalités de la chrétienté occidentale, même des personnalités aussi respectées de la vie anglaise que Sir Robert Cecil. Ce dernier, le 12 janvier 1603, informa Sir Walter Raleigh de son intention d’investir dans un certain corsaire, l’invitant, lui et Lord Cobham, à prendre part à l’entreprise.137 A l’été 1600, aucun quartier de la Méditerranée n’était à l’abri de leur violence. “Car cette race maudite est devenue si hardie qu’elle va partout sans hésiter, usant d’une cruauté barbare, et coulant des navires” dit un ambassadeur vénitien.138 Ceux qui furent faits prisonniers n’eurent pas de meilleur sort que ceux qui furent tués, condamnés à perpétuité aux galères. Les musulmans apostasiaient et se convertissaient au christianisme s’ils voulaient échapper à l’esclavage sur les galères des bateaux.139

Les puissances occidentales, armées de voiliers, ont donc encerclé les terres musulmanes.140 L’Afrique du Nord musulmane s’est économiquement appauvrie car le trafic transsaharien, qui l’avait soutenue, a été détourné vers les navires européens opérant le long de la côte atlantique de l’Afrique de l’Ouest.141 Le long de la côte est de l’Afrique, la plupart des villes islamiques ont tout simplement décliné, tandis que les transporteurs musulmans de la mer Rouge, du golfe Persique et du Hadramut ont été réduits au trafic moins important des côtes de l’Afrique de l’Est et de l’océan Indien vers l’Inde et Ceylan.142 Bientôt, les colonisateurs français et anglais allaient arriver et poursuivre la guerre contre les musulmans. Les Portugais et les Espagnols n’avaient fait que montrer le chemin.

Article écrit par Salah Zaimeche en 2004 pour la “Foundation for Science, Technology and Civilisation”.

Bibliographie

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2 A. Gunny: Images of Islam in eighteenth century writing; Grey Seal, London, 1996. p.95.
3 D. Diderot: Oeuvres Completes; Vol VIII, Paris; 1975. at p. 230.
4 Voltaire: Essai sur les Moeurs; Chapter VI; in P. Martino: l’Orient dans la Literature Francaise au 17em et 18em siecles; Librarie Hachette; Paris; 1906. p. 319.
5 A. Gunny: Images of Islam; op cit; 168.
6 Journal de campagne de l’Amiral de Baufremont dans les pays Barbaresques (1766) ed. M. Chirac; Paris; 1981; p. 43.
7 J.D. Bate: The Claims of Ishmael; London; W. Allen; 1884; p. 301.
8 W.St Clair Tisdall: The Religion of the Crescent; London SPCK; 1894; 2nd edt 1906; 3rd edt 1910; 4th 1916. p. 201.
9 E.A.Freeman: The History and Conquests of the Saracens; Oxford: John Henry and James Parker; 1856; London; Mc Millan 1876; 3rd edt. pp; i.4.
10 Quoted by W. Bouzar: Le Mouvement et la Pause; Algiers; 1983; vol 1; pp 216-7.
11 K.Marx: Articles dated Sept 1859 and June 1853, in On Colonialism.
12 A brief summary of his theory can be found in A. Hourani: Islam in EuropeanTthought. Cambridge University Press; 1991; pp. 28-30.
13 E.Renan: De la Part des peoples semitiques dans l’histoire de la civilisation’ in Oeuvres completes, Vol II; Paris; 1948; p. 333.
14 E.Renan: L’Islamisme et la science’ in Oeuvres completes; Vol 1; Paris; 1942; p. 946.
15 In H.Djait: l’Europe et l’Islam; Le Seuil; Paris; 1974; p 51.
16 J.Pedersen: The Arabic Book; tsltd by G. French; Princeton University Press; 1984. p.21:
17 E.Renan: De la part; op cit; pp 332-3.
18 P.K.Hitti: History of the Arabs, MacMillan, London, 1970 edt.
19 P.K. Hitti: Islam and the West: An Historical, Cultural survey; Princeton, 1962. p. 93.
20 Chief amongst these is Ernest Renan: Discours et Conference, Paris, Calman Levy, 1919. To him and his followers racial factors and Islam are to blame. It is not the views of Renan or his likes which are shocking. The real problem is: whilst basically hostile to Islam and Muslims, these authors could still provide plausible explanations for the Muslim’s academic decline.
21 A. Abel: “La Place des sciences occultes dans la decadence,” in Classicisme et declin culturel dans l’histoire de l’Islam, pp. 291-311.
22 T.E. Huff: The Rise of Early Modern Science, Cambridge University Press, 1993. pp. 52-3.
23 G.Sarton: Introduction to the History of Science; 3 vols; The Carnegie Institute of Washington; 1927-48. vol I, p.583.
24 George Sarton: Introduction; vol I, op cit; p.625.
25 G. Wiet; P. Wolff; and J. Naudu: History of Mankind: Vol III: The Great Medieval Civilisations; trsltd from the French; first published 1975.; p.567.
26 E.G.Browne: Literary history of Persia, vol 1,1908; p. 286.
27 R.P. Multhauf: The Origins of chemistry; Gordon and Breach Science Publishers; London, 1993. p.120.
28 G Sarton: Introduction; vol I, op cit; p.624.
29 G Sarton: Introduction; vol I, op cit; p.624.
30 G.E. Von Grunebaum: Islam, Greenwood Press, Publishers, 1961. p.118.
31 D.Campbell: Arabian medicine, and its influence on the Middle Ages; Philo Press; Amsterdam; 1926; reprinted 1974: p.44-5.
32 T. Shaw: Sciences and arts in Barbary; pp, 338-47; in Denise Brahimi: Opinions et regards des Europeens sur le Maghreb aux 17em et 18em siecles; SNED; Algiers; 1978; pp 147-8.
33 E. Renan: Averroes et l’Averroisme, p. iii.
34 G.Lebon: La civilization des Arabes; Cyracuse; 1884; pp. 447; 453.
35 G. Wiet et al: The Great medieval Civilisations; op cit; p.243.
36 G. Wiet et al: The Great medieval Civilisations; pp.156-7.
37 G. Wiet et al. p.7,
38 F.B. Artz: The mind, The Mind of the Middle Ages; Third edition revised; The University of Chicago Press, 1980. pp. 175- 6.
39 G Wiet et al: The Great civilisations; pp. 458-9.

40 J.L.E. Dreyer: A History of Astronomy from Thales to Kepler; Dover Publications Inc, New York, 1953, at p. 249.
41 Al-Battani in A. Sayili: The Observatory in Islam; Publications of the Turkish Historical Society, Series VII, No 38, Ankara, 1960. p. 15.
42 -S.P. Scott: History of the Moorish Empire; in 3 vols; The Lippincot Company; Philadelphia; 1904. p. 108.
43 W.Durant: The Age of faith, Simon and Shuster, New York, 1950. Chapter VIII; p.174.
44 R. Landau: Morocco: Elek Books Ltd, London 1967. p. 431.
45 See for instance:
J. Ribera: J. Ribera: Disertaciones Y Opusculos, 2 vols. Madrid 1928.
G. Makdisi: The Rise of Colleges, Edinburgh University Press; 1981.
46 For details on the rule of al-Mansur and the break up of the kingdom see S.P. Scott: History ; op cit;.
47 S.P. Scott: History of the Moorish Empire; op cit; Vol 1; p.453 fwd.
48 C. Cahen: Orient et Occident au temps des Croisades, Aubier Montaigne, 1983. p.21. 49 John Glubb: A Short History of the Arab Peoples; Hodder and Stoughton, 1969. p.190. 50 B. Lewis: Cultures in Conflict; Oxford University Press; 1995. p. 19.
51 W. Durant: The Age of faith, op cit; Chapter XIV; p.309.
52 C.Hillenbrand: The Crusades, Islamic Perspectives, Edinburgh University Press; 1999. p.33.
53 C.Hillenbrand: The Crusades, Islamic Perspectives, op cit;.p.38.
54 J.H. Lamonte: crusade and Jihad: in N.A. Faris ed. The Arab Heritage, Princeton University Press, 1944. pp 159-198; p.163.
55 Discours of Pope Urban II. It is re-transcribed by Foucher of Chartres in Regine Pernoud: Les Hommes et la Croisade, Jules Tallandier, Paris, 1982.
56 C.Hillenbrand: The Crusades, Islamic Perspectives, op cit;.p.33.
57 R. Finucane: Soldiers of the Faith; J.M. Dent and Sons Ltd; London, 1983. p.21.
58 The first and second Crusades; op cit;.p.74.
59 The first and second Crusades from an Anonymous Syriac Chronicle: Translated by A.S. Tritton; with notes by H.A.R. Gibb: pp 69-101. Journal of The Royal Asiatic Society (JRAS) 1933.p.79.
60 S.Runciman: A history of the Crusades, Cambridge University Press; 1951;Vol ii, p. 115.
61 The first and second Crusades; op cit; p.83.
62 C.Hillenbrand: The Crusades, Islamic Perspectives, op cit;.p.21.
63 The first and second Crusades.p.96.
64 Ibn al-Furat: Tarikh al-Duwal wal Muluk; ed. M. F. El-Shayyal; unpublished Ph.d.; University of Edinburgh; 1986. IV; p. 30.
65 S.Runciman: A History; op cit; Vol ii; pp. 219-20.
66 The First and Second Crusades: Part two: April. pp 273-305 p.280.
67 C.Hillenbrand: The Crusades, Islamic Perspectives, op cit;.p.112.
68 See appropriate sections in S.Runciman: A History; op cit; G.Lebon: La civilization des Arabes; op cit; etc
69 H.Inalcik: Editor in chief: The Great Ottoman-Turkish Civilisation; 3 Vols; Ankara; 2000.
70 On the destruction of Islamic trade, culture, and civilization by Mongols and their successors, see, for instance, W. Heyd: Geschichte des Levantehandels im Mittelalter 1, 1879 p. 104 ff. Fr edt: W.Heyd: Histoire du commerce du Levant au Moyen Age; Leipzig; 1885-6; reedit;Amsterdam 1967.
71 G.Sarton: Introduction; op cit.
72 Dictionary of Scientific Biography; Charles Coulston Gillispie Editor in Chief; Charles Scribner’s Sons; New York; 1974 fwd.
73 E.G. Browne: Arabian medicine; Cambridge University Press, 1962; p. 91.
74 E.G. Browne: Arabian medicine; Cambridge University Press, 1962; p. 91.
75 Sir Thomas W. Arnold: Muslim Civilisation during the Abbasid Period; in The Cambridge Medieval History, Cambridge University Press, 1922 (1936 reprint):Vol IV: Edited by J. R. Tanner, C. W. Previte; Z.N. Brooke, 1923. pp 274-298; at p.279. 76 `On 10th February (1258), the Khalif Mustassim gave himself up. Hulagu ordered him to instruct the whole population to gather on the plain outside the walls, where they also were shot, slashed and hacked to death in heaps, regardless of age or
sex. Not until 13th February did the Mongols enter the city. For a week, they had been waiting on the walls, not a man daring to leave his unit to plunder. Such iron discipline, unknown in the Middle Ages, goes far to account for their invincibility. The city was then systematically looted, destroyed and burnt. Eight hundred thousand persons are said to have been killed. The Khalif Mustasim was sewn up in a sack and trampled to death under the feet of Mongol horses.’

77 Sir John Glubb: A Short History; op cit; p. 207.
78 I.M. Lapidus: Muslim Cities in the later Middle Ages: Harvard University Press; Cambridge Mass; 1967. p. 14.
79 Yves Courbage, Paul Fargues: Chretiens et Juifs dans l’Islam Arabe et Turc, Payot, Paris, 1997; p. 35.
80 J. Cox Russel: late Ancient and Medieval Population, Transactions of the American Philosophical Society, vol. 48/III, 1958. In Y.Courbage and P.Fargues: Chretiens; op cit; p. 35.
81 A.N Poliak: The Demographic Evolution of the Middle East: population trends since 1348, Palestine and the Middle East, Vol
X. no 5, 1938; in Courbage-Fargues: Chretiens; op cit; p. 35.
82 E.Gibbon: The Decline and Fall of the Roman Empire; Chapter LXV; Part II.
83 J. Read: The Moors in Spain and Portugal; Faber and Faber, London, 1974.
84 S.P. Scott: History of the Moorish Empire in Europe; 3 Vols; Lippincott Company; Philadelphia and London; 1904.
85 Charles. H. Lea: The Moriscos of Spain; Burt Franklin, New York; 1901; 1968 reprint.
86 T.B. Irving: Dates, Names and Places: The end of Islamic Spain; in Revue d’Histoire Maghrebine; No 61-62; 1991; pp 77-93; at p. 81.
87 S.P. Scott: History; op cit; Vol II, at pp 648 and 650.
88 S.P. Scott: History of the Moorish Empire; op cit; Vol 1; p.438.
89 S.P. Scott: History of the Moorish Empire; op cit; Vol 1; p.454.
90 A.Thomson and M.A.Rahim: Islam in al-Andalus; Taha Publishers; London; 1996; p. 43.
91 S.P. Scott: History of the Moorish Empire; op cit; Vol 1; p.454. 92 S.P. Scott: History of the Moorish Empire; op cit; Vol 1; p.460-1. 93 A.Thomson and M.A.Rahim: Islam in al-Andalus; op cit; p. 43. 94 A.Thomson and M.A.Rahim: Islam in al-Andalus; op cit; p. 43. 95 S.P. Scott: History of the Moorish Empire; op cit; Vol 1; p.466. 96 S.P. Scott: History of the Moorish Empire; op cit; Vol 1; p.452. 97 S.P. Scott: History of the Moorish Empire; op cit; Vol 1; p.473-4.
98 F.Braudel: Grammaire des Civilisations; Flammarion, 1987; at p.89.
99 Braudel 89.
100 F.Braudel: Grammaire des Civilisations; op cit; p.90.
101 M.L. de Mas Latrie: Traites de paix et de Commerce, et Documents Divers, Concernant les Relations des Chretiens avec les Arabes de l’Afrique Septentrionale au Moyen Age, Burt Franklin, New York, Originally Published in Paris, 1866; p.7.
102 M.L. de Mas Latrie: Traites de paix; op cit; p.7.
103 Al-Idrisi: Vol 1, p. 245-246 in Mas De Latrie; op cit; p.8.
104 M.L. de Mas Latrie: Traites de paix; op cit; p.8.
105 A.S. Atiya: Crusade, Commerce and Culture; Oxford University Press; London; 1962; pp. 103-4.
106 Machairas; p. 102 and sub; Machaut; p. 205; in W, Heyd: Commerce; op cit; pp 55-6.
107 J.A. Robson: The Catalan fleet and Moorish sea power; The English Historical Review;Vol LXXIV: (1959): pp 386-408; p.407.
108 I.M. Lapidus: Muslim Cities in the later Middle Ages: Harvard University Press; Cambridge Mass; 1967. p. 27.
109 I.M. Lapidus: Muslim Cities; op cit; p. 35.
110 Peter E. Russel: Prince Henry the Navigator, in The IslamicWorld and the West edt by A. Lewis: John Wiley and Sons; London; 1970; pp 129-136; p.135.
111 Peter E. Russel: Prince Henry the Navigator; p.134
112 Janet L. Abu-Lughod: Before European Hegemony, Oxford University Press, 1989. p. 274.
113 Chaudhuri (1985: 14) In J. L. Abu-Lughod: Before; op cit; p. 275.
114 N. Daniel: The Cultural Barrier, Edinburgh University Press, 1975: p.138.
115 W. Heyd: Histoire du Commerce du Levant; op cit; p 535.
116 Crawfurd (Indian Archipelago) II; 403, and for the Dutch, see especially II.425 seq. and 441.
117 R.B.Smith: Mohammed and Mohammedanism; London; Smith Elder; 1876 edt; p.34.
118 A.Zahoor: Muslims in the Indian sub-continent; at http://www.minhaj-audio.net/Astro/A Chronology of Muslims in the Indian Subcontinent – IV (1700-1800 CE).htm
119 A.Zahoor: Muslims in the Indian Sub-continent; op cit.
120 M. Longworth Dames: The Portuguese and Turks in the Indian Ocean in the sixteenth century: Journal of The Royal Asiatic Society (JRAS); Vol year 1921 pp 1-28; at p.16.

121 P. Brummett: The Myth of Shah Ismail Safavi: Political Rhetoric and `Divine’ Kingship; in Medieval Christian Perceptions of Islam; J. V. Tolan: edt; Routledge; London; 1996. pp 331-359.
122 I.M. Lapidus: Muslim cities; op cit; p. 42.
123 Felipe Fernandez Armesto: Before Columbus: MaCMillan Education; London, 1987; p.133.
124 F. Fernandez Armesto: Before Columbus; chap 5; op cit; p.133.
125 F. Fernandez Armesto: Before Columbus; op cit; p.148.
126 M.L. de Mas Latrie: Traites de paix.p.324.
127 A. R. Lewis: The Islamic World; op cit; .Epilogue
128 P. Berthier: La Bataille de l’Oued al-makhzan; 4 Aout 1578, Paris, 1985, p. 1. See also E.M. Bovill: The battle of Alcazar, an Account of the defeat of Dom Sebastian of Portugal at el-ksar el-Kebir, London, 1952.
129 L. Valensi: Silence, Denegation, affabulation: Le souvenir d’une grande defaite dans la culture Portuguaise in ANNALES
Vol 46 (1991). pp: 3-24; p.5.
130 P. Berthier: La Bataille de l’Oued al-makhzan; op cit.
131 Andrew C. Hess: The Forgotten Frontier; The University of Chicago Press, Chicago and London, 1978; p.34.
132 A.C. Hess: The Forgotten Frontier; chap 3; p.34.
133 J.Mathiex: Trafic et prix de l’Homme en Mediterranee au 17 et 18 Siecles; ANNALES: Economies, Societes, Civilisations: Vol 9:pp 157-164; p.163.
134 J. Mathiex: Trafic; op cit; pp.163-4.
135 J.Mathiex: Trafic et prix de l’Homme en Mediterranee; op cit; p.159
136 Consul Cotolendy (Livourne) letter to Ministre Maurepas, 14 Feb 1682; (Arch. nat. A.E.B.1, 697).
137 K.R. Andrews: Sir Robert Cecil and Mediterranean Plunder; in The English Historical Review;Vol 87 (1972);pp 513-532; at p.513.
138 Venetian Ambassador to Spain: Calendar of State Papers, Venetian (1592-1603); pp 412-3. in K.R. Andrews: Sir Robert Cecil and Mediterranean plunder; op cit; at p. 514.
139 Jean Mathiex: Trafic et prix; p.161. Note 3.
140 A.C. Hess: The Forgotten Frontier; op cit; p.3. 141 A. R. Lewis: The Islamic World; op cit; Epilogue. 142 A. R. Lewis: The Islamic World; op cit; Epilogue.

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