L’évolutionnisme historique

“L’après-conquête (XVI° et XVIII° siècle) annonce une période de questionnement sur l’autre, mais, qui plus qu’une véritable curiosité, est en fait un prétexte pour discuter de sa propre société. C’est à cette époque que vont naître plusieurs mythes et figures qui existent encore aujourd’hui. La plus importante de ces figures est celle du « sauvage », figure liée à ce que l’on nomme « l’état de nature » : c’est-à-dire un état de la société humaine ou d’une société humaine, qui serait plus proche de la nature que notre société. L’histoire de l’homme sauvage est celle de l’homme dans sa relation à la nature. Donc un « sauvage » serait un individu proche de la nature, et non civilisé. Mais cette figure est ambivalente : elle peut être définie positivement, mais aussi négativement (les descriptions des populations amérindiennes oscillent en effet entre le « bon sauvage » insouciant et non « corrompu » par la vie sociale et l’être immoral et dangereux à « domestiquer »).
Pour conduire des peuples sauvages à la civilisation, on se réfère donc à un modèle éducatif selon lequel les « sauvages » sont des enfants que l’on doit aider à devenir adultes. Ces principes sont universaux, les « sauvages » ne sont en effet jamais appréhendés dans leur diversité culturelle mais toujours pensés globalement. Ces logiques vont largement
contribuer à justifier l’esclavage en classant l’autre dans la catégorie des « objets » (ex. du Code Noir au 17ème siècle).

A la distance géographique, va se substituer peu à peu une distance temporelle qui doit être comblée par les efforts civilisateurs des Européens : on ne va plus parler de « sauvage », mais de « primitif ». Cette notion traduit l’idée selon laquelle des groupes, des populations, ne seraient pas à la même étape historique que d’autres. Cette idée d’étapes historiques que les sociétés et les cultures auraient à franchir se traduit par le terme d’« évolutionnisme ». L’évolutionnisme est la première solution trouvée pour ordonner la pluralité des cultures dans l’histoire. Les philosophes des Lumières ordonnaient le monde selon un évolutionnisme culturel et social, voir politique (cf. Rousseau, Diderot, etc.).
Ce modèle de développement proposé par l’évolutionnisme où le simple est toujours antérieur au complexe, le primitif par rapport au civilisé, ordonne l’histoire. A l’examen des faits historiques concrets, l’évolutionnisme substitue une ordination logique invariante, un raccourci. Selon cette perspective, il y aurait donc une loi historique qui conduirait les sociétés du plus simple au plus complexe, du primitif au civilisé ou « évolué » selon des étapes fixes et immuables. Cette histoire est linéaire et aucune société ne peut y échapper. En haut de cette échelle d’évolution (de développement), se situeraient donc (selon la perspective évolutionniste de l’époque) les sociétés occidentales qui se verraient ainsi chargé du rôle (de la « mission ») d’aider les autres sociétés à parcourir ces étapes historiques (cad à se « développer »). C’est donc ici l’Occident qui fixait les critères de l’évolution des autres sociétés.
Cette conviction d’une supériorité occidentale est basée en particulier sur la notion de raison, les autres sociétés étant supposées fonctionner de manière « irrationnelle », il était donc pensé comme légitime de les éduquer, ce qui justifiait très largement l’entreprise coloniale dans son ensemble.”

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