“Mon enfant a quitté l’Islam !” – Le broyeur spirituel de la modernité

Certains problèmes sont pratiquement insolubles, du moins en ce qui concerne ce que nous pouvons faire en tant qu’êtres humains. Bien sûr, tout est entre les mains d’Allah, et Il est capable de toutes choses. Il peut résoudre tous les problèmes. Mais, en ce qui concerne la recherche de moyens pratiques et “attacher son chameau” (référence à un hadith connu, sur le fait de faire les causes*), certains problèmes sont insolubles du point de vue de notre perspective humaine limitée.

Que peux-tu dire à une mère musulmane en pleurs qui vient te supplier de parler à son fils murtad (apostat), pour le convaincre de revenir ? Tu peux lui dire que tu vas essayer. Mais à l’arrière de ta tête, tu sais qu’une conversation ne va rien changer. Peu importe si on dispose des meilleurs arguments, des meilleures preuves et d’une réponse irréfutable à tous les arguments habituels contre l’islam. Peu importe que vous adoptiez l’approche “douce”, que vous essayiez d’être un confident amical, etc. Une conversation ne fera pas la différence dans 99% des cas.

J’ai malheureusement beaucoup d’expériences comme celle-ci, car je voyage dans différentes communautés et il y a des parents musulmans qui ont désespérément besoin d’une intervention dans l’apostasie de leurs enfants. De plus en plus fréquents sont les parents accablés dont les enfants ont “fait leur coming out” d’une manière ou d’une autre. Que peut-on leur dire ? Y a-t-il un conseil rapide ou peut-être un programme qui ramènera les enfants musulmans affectueux et pratiquants qu’ils ont tant travaillé à élever ?

La réponse est non. Ce ne sont pas des problèmes intellectuels. De nos jours, ce n’est pas le raisonnement erroné qui conduit une personne hors de l’Islam et dans l’athéisme, alors une conversation intellectuelle soulignant le rationalisme erroné de l’athéisme ne va pas beaucoup aider. (Et en tant que spécialiste de l’analyse intellectuelle de l’athéisme, du modernisme, etc., je peux apprécier l’ironie de ce que je dis.)

Mais appeler cela un “problème spirituel” n’est pas exact non plus. Aussi douloureux que cela puisse paraître, certains de ces enfants apostats ont grandi dans des foyers pieux, avec des parents eux-mêmes pieux et “pratiquant ce qu’ils prêchaient”. Ils ont grandi en allant au masjid (mosquée), en mémorisant le Coran (avec sa signification !), et en faisant tout ce que font les bons enfants musulmans dans les bonnes familles musulmanes. Pourtant, le résultat était toujours une catastrophe.

En tant que parent de jeunes enfants, je trouve cela tout à fait terrifiant. Comment prendre des mesures de précaution contre un danger aussi imprévisible que destructeur ? Comment pouvez-vous protéger vos enfants (ou vous-même !) de cela, et si une catastrophe survient, quelle est la solution ?

En raison de la médecine moderne et des produits pharmaceutiques, beaucoup d’entre nous sont habitués à l’idée que le traitement médical peut tout guérir. Toute maladie a une prescription. Mais quel médicament ou procédure médicale guérira quelqu’un dont le bras a été introduit dans un broyeur à bois ? La triste réalité, c’est qu’il n’y a aucun moyen de faire repousser un bras. Un bras amputé peut être rattaché chirurgicalement. Un os cassé peut être mis en place et guéri. Mais le broyeur à bois ne laisse aucun recours.

 

Malheureusement, c’est ce que le broyeur de bois de la modernité fait à l’iman (foi) de pans entiers de notre communauté. Leurs cœurs ont été avalés et recrachés par une machine industrielle bruyante, rouillée, tranchante et menaçante. C’est déprimant, mais c’est la situation.

Si vous en doutez, essayez d’avoir une conversation avec le jeune murtad (apostat) qui a pratiqué l’islam toute sa vie, puis est allé à l’université, a suivi quelques cours d’introduction à la philosophie ou aux sciences sociales, puis a rapidement décidé que l’islam est un mythe artificiel et que Dieu est un fruit de l’imagination. Assieds-toi avec lui pendant une heure, deux heures, dix heures, peu importe. Vois si tu vas en sortir avec autre chose qu’une plus grande appréciation de l’ayah :

Vois-tu celui qui prend sa passion pour sa propre divinité? Et Allah l’égare sciemment et scelle son ouïe et son cœur et étend un voile sur sa vue. Qui donc peut le guider après Allah? Ne vous rappelez-vous donc pas?

Sourate 45 verset 23

Et même si tu développes une relation à long terme avec cet enfant et que tu es équipé non seulement des meilleurs arguments intellectuels, mais aussi des meilleures pratiques de conseils (thérapie) pour les jeunes, etc. A chaque instant de son éveil, il est entouré par les sources de son athéisme. Il le respire constamment. Chaque partie de son environnement : amis, enseignants, classes, musique, films, réseaux sociaux, etc. Tout dans son environnement moderne lui dit d’obéir à ses désirs, de nourrir ses convoitises, que la dunya (ce bas monde) est tout ce qui existe et tout ce qui compte, que même si Dieu existe, qui s’en soucie ? Qu’est-ce que ça change ? Et ainsi de suite.

Comment vas-tu rivaliser avec ça ? Imaginez que nous nous arrosons de ces déchets toxiques jour après jour. C’est littéralement un miracle que l’iman puisse être préservé en ces temps. Ce n’est que par la volonté d’Allah que quiconque peut maintenir sa foi. Et ce n’est que par la volonté d’Allah que quiconque peut regagner la foi après l’avoir perdue.

Et c’est pourquoi nous prions sincèrement :

Seigneur! Ne fait pas dévier nos cœurs après que Tu nous aies guidés; et accorde-nous Ta miséricorde. C’est Toi, certes, le Grand Donateur!

Sourate 3 verset 8

Il y a cependant une option à garder à l’esprit. Et cela nous est indiqué dans un hadith sahih :

« Parmi ceux qui vivaient avant vous il y avait un homme qui avait tué quatre vingt dix neuf personnes. Il demanda quel était le plus grand savant de la terre. On lui désigna un moine. Il alla le trouver et lui dit qu’il avait tué quatre vingt dix neuf personnes. Est-ce qu’il restait quelque possibilité de se repentir ? « Le moine dit aussitôt : « Non ». Il le tua sur le coup et compléta ainsi à cent le nombre de ses victimes. Puis il demanda quel était l’homme le plus savant de la terre. On lui en désigna un. Il lui dit : « J’ai tué cent personnes. Ai-je encore quelque possibilité de me repentir ? » Il Lui dit : « Oui, qu’est-ce qui s’opposerait entre ton repentir et Allah ? Va à tel pays. Là vivent des gens qui ne font qu’adorer Allah exalté. Adore Allah avec eux et ne retourne plus à ton pays car c’est une terre de mal ». Il se mit donc en marche et lorsqu’il fut à la moitié du chemin il fut atteint par la mort. Les Anges de la miséricorde (ceux qui accueillent les mourant agréés par Allah) se disputèrent à son sujet avec les Anges du châtiment (les premiers voulant le destiner au Paradis les autres voulant le destiner à l’Enfer). Les Anges de la miséricorde dirent : « Il est venu plein de repentir désirant de tout son cœur retourner à Allah ». Les Anges du châtiment dirent : « Il n’a jamais fait de bien dans sa vie ». C’est alors qu’un Ange vint à eux sous une apparence humaine. Ils le prirent comme arbitre. Il leur dit : « Mesurez la distance qui le sépare de la terre du mal et celle qui le sépare de la terre du bien. Destinez le ensuite à celle dont il est le plus proche ». Ils mesurèrent et trouvèrent qu’il était plus près de la terre qu’il voulait rejoindre et ce furent les Anges de la miséricorde qui lui retirèrent son âme.

Bukhari et Muslim, riyad as-salihin n° 20

Ici, nous avons le concept de hijra, ou migration dans le sentier d’Allah. La migration est-elle une option pour les musulmans préoccupés par leurs enfants ? Est-ce quelque chose qui pourrait ramener une âme perdue dans le bercail ?

Allah sait ce qu’il faut faire. Mais la question devient : Migration vers où ?

La modernité n’a laissé pratiquement aucun recoin de la terre sans le corrompre. La réalité, c’est que l’âme égarée peut trouver les moyens de se nourrir elle-même grâce à la technologie et à la mondialisation, même dans les régions les plus reculées du monde. Aucun endroit n’est hermétiquement scellé, et cela est dû à la nature totalisante et hégémonique de la modernité qui exige de régner sur chaque personne, partout. Nous avons bien sûr vu ce qui s’est passé lorsqu’un pays relativement petit a récemment décidé d’appliquer la charia (Brunei, 400 000 habitants, environ la démographie de Toulouse). La réaction occidentale a été aussi rapide que punitive et intransigeante.

Mais tout n’est pas noir ou blanc, car il y a des endroits qui sont meilleurs que d’autres. La toxicité constatée, disons, à New York, est-elle plus grande qu’à Doha ? Ou Kuala Lumpur ? Ou un certain nombre d’autres villes à prédominance musulmane ? Évidemment. C’est à chaque famille de prendre ses décisions en fonction de sa situation. Malheureusement, même ces villes ne sont pas à l’abri et, en fin de compte, le destin est entre les mains d’Allah, que nous prions et implorons.

Je peux juste entendre les réactions des gens après avoir lu tout ça : Alors quelle est la solution ?!

Encore une fois, c’est ce que je veux dire. Parfois, il n’y a pas de réponse facile, pas de solution rapide et pratique. Parfois, le problème est trop grand, trop insoluble et reconnaître que ce fait est la seule chose pratique qui peut être faite parce qu’il nous fait réaliser que la seule solution est de se tourner vers Allah. Parfois, nous devons comprendre la gravité de la situation, aussi déprimante soit-elle, si nous voulons avoir une chance de nous en sortir vivants.

Aucun de nous n’a le pouvoir de changer le cours du monde, d’inverser la modernité. Seul Allah a le pouvoir.

Le broyeur de bois affamé gronde.

 

Daniel Haqiqatjou

*le hadith du début : D’après Anas Ibn Malik (qu’Allah l’agrée), un homme a demandé au Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) s’il devait laisser sa chamelle libre puis rentrer à la mosquée en faisant confiance à Allah. Le Prophète (que la prière d’Allah et Son salut soient sur lui) lui a dit: « Attache la et fais confiance à Allah ».
(Rapporté par Tirmidhi dans ses Sounan n°2517)

Auteur de l’article : Rayan

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