Nos frères en humanité les chrétiens

En ce moment circulent des images de prêtres chrétiens-orthodoxes en Grèce “bénissant” les soldats grecs dont l’objet principal sera d’arrêter – le plus souvent violemment – les réfugiés aux frontières. Ce n’est pas la première fois : nous avons déjà tous vu les nombreuses photographies des prêtres de nos frères en humanité bénir les armes russes destinées à incendier des musulmans, et Michael Sells – plus connu aux États-Unis comme un spécialiste de la poésie arabe et du Qur’an – a tout un ouvrage sur comment les prêtres chrétiens-orthodoxes serbes ont légitimé le génocide des Bosniaques-musulmans dans les années nonante.

Chez les Serbes, cela partait d’une mythologie nationale assez particulière : le prince (il deviendra un saint plus tard) Lazar, qui voulait réunifier la chrétienté, s’opposera à l’Empire ottoman en 1389, à la conclusion de laquelle les deux armées subiront des dégâts importants, la mort des dizaines de milliers d’hommes autant que du prince Lazar mais aussi Murad du côté ottoman. Dans l’historiographie nationaliste serbe, le prince Lazar a toute une aura “christique” (la résurrection de Lazare dans les Évangiles), et le prince aurait été trahi par un proche, ce qui aurait précipité sa chute et notamment l’inscription définitive des Ottomans dans les Balkans ; dans une reconfiguration symbolique, le “traître” devient le Slave qui aurait “trahi” le christianisme pour l’Islam, et, par-là, les prêtres chrétiens-orthodoxes avaient habitude de parler des Bosniaques-musulmans comme “les tueurs du Christ”.

De fait, ils ont été de tout cœur derrière le génocide : ils bénissaient les soldats qui “débarrassaient” la “Serbie historique” des musulmans autant que de toute trace d’islamité (notamment les mosquées ottomanes). Tout endroit “nettoyé” était rebaptisé (dans tous les sens du terme) Srbinje, soit “la place des Serbes”.

Les prêtres chrétiens-orthodoxes en Russie ou en Grèce (ou ailleurs) ne font rien d’autre que ce que faisaient ceux de Serbie : dû au caractère “autocéphale” des églises orthodoxes ils deviennent très facilement des militants de la “cause nationale” en périodes de nationalisme exagéré, comme les réfugiés en Grèce, mais ce qu’on peut souligner c’est à quel point notre frère en humanité le chrétien peut réussir à faire le mal auréolé d’un bien ; son prêtre peut bénir des armes qui échoueront sur la mort de milliers de musulmans, et même notre frère en humanité du quotidien lui-même peut en fait tout simplement voter dans un régime démocratique, dans tous les cas il sera innocent dû au caractère impersonnel du système politique, alors qu’un musulman lui peut devenir un “dommage collatéral”, soit qu’on peut le tuer par dizaine si c’est pour se débarrasser d’un seul “terroriste” (lui-même n’étant pas considéré comme tel au terme d’un processus légal mais par suspicion).

Comme si notre frère en humanité le chrétien (attention, il est monothéiste comme nous, lol !) ne sera jamais un terroriste.

Arslan Akhtar

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