Pourquoi les Occidentaux n’ont aucun problème avec le Bouddhisme.

Sam Harris, un “neuroscientifique” américain, est considéré comme l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse athée, avec feu le journaliste Hitchens, le biologiste Dawkins et le philosophe Dennett, et tient une bonne opinion du bouddhisme, notamment par rapport à ce qu’il apporte sur la “conscience”. C’est que le bouddhisme, malgré que son aile mahayaniste (Chine-Japon) soit imprégnée de spéculations métaphysiques, et que l’image du Bouddha ait été féminisée par une forme de propagande (cf. la monographie John Powers, “A Bull of a Man”), il reste tout de même un agnosticisme pratique, et n’a aucune prétention à dicter les normes sociétales.

On peut voir de même dans toutes les “religions” non-islamiques ce désabonnement de la hakimyyah (établir la souveraineté divine dans tous les domaines, dont la politique) : par exemple, dans le christianisme-calviniste, c’est surtout une question morale, et les quelques uns qui l’ont appliqué au domaine politique, tel le contre-révolutionnaire catholique espagnol Cortés ou le rénovateur néo-calviniste hollandais Abraham Kuyper, sont restées des exceptions, tout comme le mouvement de “reconstructionisme” de Rushdoony aux Etats-Unis est restée une élusive comète intellectualiste sans héritage concret.

C’est la raison pour laquelle l’Occidental postmoderne qui n’a de foi que dans son athéisme opératif ou son agnosticisme de fait n’a aucun problème avec le bouddhisme et les “spiritualités” orientales : elles ne bousculent pas les diktats du néolibéralisme, lui-même un système holiste et totalisant, avec avec sa propre anthropologie (individualiste), son mode économique (capitaliste), sa production culturelle marquée … et on a ce que certains appellent le “bouddhisme californien” et que le maître bouddhiste-tibétain Chögyam Trungpa appelait “le matérialisme spirituel”, à savoir un vernis de pseudo-spiritualité qui s’accommode trop complaisamment avec la postmodernité occidentale, et en fait, une spiritualité qui donne bonne conscience au vide existentiel que celle-ci propose.

L’Islam, au contraire, s’inscrit dans un élan aussi totalitaire que le néolibéralisme : il propose une vision de l’homme, de la société, du politique, de l’économique, … qui le rendra toujours, au mieux suspect, et au pire criminel, aux yeux de l’Occident postmoderne mais aussi de tous les non-musulmans (par la mondialisation ils sont devenus, même les musulmans nominaux dans le théorique dar al-Islam, des néolibéraux implicites, qui embrassent les mêmes préceptes, notamment dans le rapport à la religion et l’Etat).

Il ne faut donc pas s’étonner qu’ils considèrent l’Islam comme un nouvel nazisme, mais plutôt s’étonner de notre étonnement même.

Arslan Akhtar

Auteur de l’article : Rayan

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