Réactions à l’attentat contre l’Imam de Brest Rachid Eljay

L’imam Rachid El Jay a été blessé par balles devant sa mosquée. Quelles que soient les différends qui nous opposent à lui, Rachid El Jay devient de ce fait un symbole : celui de la situation alarmante de la communauté musulmane en France. On peut tirer sur un imam devant une mosquée, et cette péripatéticienne de presse se contentera de titrer, entre deux faits divers : “Coups de feu devant la mosquée de Brest : qui est Rachid Eljay, l’imam controversé blessé par balle ?” Autrement dit, le Musulman est toujours sur le banc des accusés, même lorsque précisément il est victime.

L’imam Rachid El Jay a donné bien des gages à la République :
– repentir quant à ses propos “polémiques” sur la musique, propos qu’il aurait tout simplement pu assumer MÊME dans un cadre “républicain” : si je crois qu’écouter de la musique me transforme en singe ou en porc (métaphoriquement ou pas, la question n’est pas là), ça ne fait en aucun cas de moi “l’idéologue du Bataclan”, comme la funeste Zineb El Rhazoui l’a appelé
– propagande incessante pour faire voter les Musulmans à l’approche des élections
– tentatives grotesques de mise en conformité du texte coranique avec les velléités d’égalitarisme H/F : “la femme doit obéir à son mari… et le mari doit obéir à sa femme”
– sacrifice de 125 heures de sa vie pour obtenir un diplôme fumeux sur “l’islam et la laïcité”

Et malgré tous ces gages, les médias de la République ne s’émeuvent ni de ce qui lui est arrivé ni de ce que cela représente, et en profitent au contraire pour rappeler à tous que c’est un imam “polémique”, “controversé”, et j’en passe.
Ni pardon ni oubli. Et tout cela, avec le relais médiatique qu’on réserve à un fait divers de seconde zone, entre une bouche à incendie ouverte en Seine-Saint-Denis et les piscines parisiennes prises d’assaut durant la canicule.

Ne vaut-il pas mieux, dans ce cas, rester droit dans ses bottes, plutôt que de s’agenouiller devant le pied qui ne manquera pas de nous frapper ? Le coup étant certain, s’agenouiller ne pourra que le rendre plus humiliant.

Dubout Delaville

PS : une pensée pour le frère cameraman qui était à ses côtés et qui a passé la nuit en salle d’opération avec l’intestin perforé. Qu’Allah leur accorde un prompt rétablissement et les guide à Sa voie.


 

Ce qui est arrivé à Rachid nous montre la monstrueuse force de frappe des médias. Le 4eme pouvoir est puissant, il tient les rênes de l’imaginaire collectif et sculpte littéralement l’opinion. Difficile d’échapper au raz de marée de la production de discours sur l’islam qui s’est développé ces dernières décennies. À toutes les sauces, de la révolution iranienne à l’EI en passant par les affaires du voile, le halal et le burkini, l’islam s’est retrouvé au centre des angoisses sociales tantôt identitaires, tantôt sécuritaires, mais toujours au ban, comme la maladie héritée du passif colonial et de l’impératif de l’importation de main d’oeuvre dont on ne sait toujours pas comment se débarrasser.

Quand on sait que Rachid a toujours été en faveur de l’intégration politique des musulmans (on se souviendra de ses subtiles consignes de vote), et ce, dès le début de ses prêches sur internet, on comprend que finalement peu importe le réel, ce qui fait “penser” les gens et les pousse à agir c’est la perception du réel, celle qu’on leur présente comme unique, légitime et indiscutable. Quand on voit le fossé entre la réalité de l’islam de Rachid et celle qu’on a voulu construire sur son dos, on ne peut que constater que les artisans de l’opinion publique ne s’encombrent pas de la vérité.

Depuis les années 70 les médias ont participé à ce que certains ont appelé “L’islam imaginaire”, cette vision fantasmée que la France se fait des musulmans sans cesse pris dans des logiques de disqualification où le “bon musulman” intégré et disposé à véhiculer la doxa républicaine est opposé au “mauvais musulman” pratiquant, toujours soupçonné d’être un ennemi intérieur, une bombe à retardement qu’il faut neutraliser.

Dans cette grille de lecture binaire et loin des nuances idéologiques et religieuses qui traversent la communauté musulmane française, Rachid avait semble-t-il été mis du mauvais côté de la barrière. Pourtant il a bien tenté de se placer à la frontière en affichant un islam mixte, à la fois traditionnel et républicano-compatible, s’appropriant les codes et les consignes formulées plus ou moins clairement par les autorités et le discours médiatique. Cependant, sans doute que l’agenda politique et les logiques éditoriales qui allaient avec ont joué en sa défaveur, il faut toujours un personnage en chair et en os pour incarner le rôle principal dans le théâtre médiatique et les stratégies de lynchage idéologique. Pour donner de la force à ce qu’on dit, pour que ça ait l’air plus vrai que vrai, il faut toujours un exemple, un visage à mettre sur ce qu’on tente de présenter comme le mal absolu.

Donc, on a tricoté a Rachid un pull qui ne lui allait pas en lui prêtant des intentions idéologiques qu’il n’a jamais eu. C’était lui, mais ça aurait pu être quelqu’un d’autre, le tout pour le travail journalistique, c’est de trouver une figure type afin de donner une assise concrète à ses élucubrations et de sembler prouver ce qu’il dit. Ce vêtement présenté par les médias à longueur de JT et d’émissions débat a finit par prendre l’allure du vrai, cette fausse vérité une fois bien ancrée dans le coeur des petites gens fait son chemin et alimente les ressentiments des plus disposés à mettre un visage sur l’objet de leur haine, des moins pourvus des ressources nécessaires pour prendre du recul face aux contre vérités médiatiques, ce ressentiment, ensuite, il ne lui reste plus grand chose pour se transformer en passage à l’acte chez les plus téméraires et les moins lucides, ceux qui pensent qu’il suffirait de souffler sur le soleil pour l’éteindre.

La tentative d’assassinat de Rachid El Jay est une preuve claire et malheureuse de la capacité des médias à dessiner les frontières de la réalité, à fabriquer l’opinion, à travailler le cœur des gens en faisant pousser hors sol les arbres de vérités imaginaires.

Ana Hiya

Il devient de plus en plus évident que le système médiatique et politique français est le responsable N° 1 de tout actes antimusulmans commis en France. Il participe à radicaliser une partie de la population française dont les plus fragiles ou extrémistes décident de passer à l acte.

Camus, Zemmour et Finkelkrault sont des prêcheurs publiques qui incitent implicitement à l action. Rappelons aussi que le système judiciaire complice est particulièrement clément et laxiste quand il s’agit de groupuscules paramilitaires d’extrême-droite très opérationnels: le groupe Afo (membres en liberté) avait déjà une kill-list qu’aucun organisme musulman n’a pu consulter…

Ceci dit : le système français “bête et méchant” a aussi créé des véritables mythes autour de certaines figures musulmanes en faisant croire qu’elles étaient un danger politique majeur alors qu elles étaient totalement neutralisées par leurs propres limites et par leurs orientations passées et présentes.

Nous sommes coincés dans une position extraordinaire: à la fois bouc-émissaire coupable de tout les maux, mais aussi victimes impuissantes des médias , des politiques, des lois, du climat islamophobe et bientôt victimes des attaques ciblées…

Qu’Allah préserve tout les musulmans, qu’Il réunisse leurs paroles sur La sienne et qu’il nous permette d’être une oumma forte et intelligente, capable de faire face aux défis avec noblesse et discernement.

Nous souhaitons bon rétablissement aux deux victimes.

Aissam Ait Yahia

Auteur de l’article : Rayan

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