Stratégie des ennemis de l’Islam

Traduction du compte rendu du RAND afin de promouvoir la réforme de l’Islam (comprendre la destruction de l’Islam authentique).

Les cinq piliers de la démocratie
Comment l’Occident peut promouvoir la réforme de l’Islam

Des versions rivales de l’Islam se disputent la domination politique et spirituelle, avec d’immenses implications pour le reste du monde. En comprenant la lutte en cours à l’intérieur de l’Islam et en distinguant parmi les différents groupes islamiques, les dirigeants occidentaux peuvent identifier des partenaires musulmans et travailler avec eux pour décourager l’extrémisme et la violence tout en encourageant la démocratisation et le développement.

L’idée que le monde extérieur devrait essayer de nourrir une version de l’islam modéré et démocratique est en circulation depuis des décennies, mais est devenue réellement urgente après le 11 septembre 2001. Il y a un accord général sur le fait que c’est une approche constructive. L’Islam inspire une variété d’idéologies et d’actions politiques, dont certaines sont dangereuses pour la stabilité du monde. Il semble donc judicieux de profiter des tensions au sein de l’islam pour favoriser l’émergence d’un ordre social modéré, démocratique, pacifique et tolérant.

Il n’est pas simple de transformer une grande religion. Si construire une nation est une tache immense, construire une religion est considérablement plus périlleux et complexe. L’Islam n’est ni une entité homogène ni un système à la carte. Un certain nombre de questions et de problèmes non religieux se sont retrouvés enchevêtrés dans la religion. Beaucoup d’acteurs politiques dans le monde musulman cherchent volontairement à “islamiser” le débat dans le but d’atteindre leurs objectifs.

La crise actuelle de l’Islam a deux principaux éléments : un échec à prospérer dans ses propres termes et une perte de connexion avec le courant dominant. Le monde musulman a été marqué par une longue période d’arriération et d’impuissance. Plusieurs tentatives internes ont été faites – comme le nationalisme, le panarabisme, le socialisme arabe, et la Révolution islamique (chiites en Iran), sans succès, laissant derrière elles frustration et colère. Pendant ce temps, le monde musulman a échoué à suivre le train de la culture mondiale et s’est retrouvé aux marges de l’économie dominante.
Les musulmans divergent sur les causes de cette crise et sur les solutions à apporter. Pour l’occident, la question est de savoir quelles idéologies soutenir, avec quelles méthodes, et avec quels objectifs concrets à l’esprit.

 

Un spectre idéologique

Il y a principalement quatre positions idéologiques dans le monde musulman aujourd’hui : le fondamentalisme, le traditionalisme, le modernisme et le sécularisme. Chaque groupe contient des subdivisions, ce qui brouille les distinctions. Il est important pour les leaders occidentaux de comprendre les différences entre ces groupes, aussi bien que leurs subdivisions.
Les fondamentalistes rejettent les valeurs démocratiques et la culture occidentale contemporaine. Ils veulent un État autoritaire et puritain pour implémenter leur vision extrême de la loi islamique et de la moralité. Ils sont prêts à utiliser l’innovation et la technologie moderne. Ils ne s’abstiennent pas de la violence.

Il y a deux sortes de fondamentalisme. Le premier, fondé sur la théologie et généralement enraciné dans l’etablishment religieux peut être qualifié de fondamentalistes des écritures (je ne vois pas trop comment traduire autrement son expression, mais en gros il parle des quiétistes). Ce groupe comprend la plupart des révolutionnaires iraniens, des wahhabites qui suivent l’Arabie Saoudite, et des congrégations “Kaplan” turques (aucune idée de qui il parle ici).
Les fondamentalistes radicaux sont moins intéressés par la substance littérale de l’Islam, avec laquelle ils prennent de grandes libertés soit délibérément, soit par ignorance de la doctrine islamique orthodoxe. Al Qaeda, les Talibans, Hizb-ut-Tahrir, et un grand nombre d’autres mouvements radicaux à travers le monde appartiennent à cette catégorie.

Les traditionalistes veulent une société conservatrice. Ils sont suspicieux vis-à-vis de la modernité, de l’innovation et du changement. Ils sont également divisés en deux groupes, la distinction est importante.
Les traditionalistes conservateurs croient que la loi islamique et la tradition doivent être suivies rigoureusement et littéralement. Ils pensent que l’État et les autorités politiques devraient encourager ou au moins encourager cela. Cependant, ils ne soutiennent généralement pas la violence et le terrorisme. Ils concentrent leurs efforts sur la vie de la société. Leur objectif est de préserver les normes, les valeurs, les comportements orthodoxes autant que possible. Leur posture est celle de la résistance au changement. Les tentations et la propagation de la modernité sont considérées comme des menaces majeures pour eux.
Les traditionnalistes réformistes quant à eux croient que l’Islam, pour rester viable et attractif à travers les âges, doit être prêt à faire des concessions dans l’application de l’orthodoxie. Ils sont prêts à discuter réformes et réinterprétations. Leur posture est celle de l’adaptation prudente au changement, conserver l’esprit de la loi tout en étant flexible sur son application.

Les modernistes veulent que le monde musulman prenne part à la modernité mondiale. Ils veulent réformer l’Islam pour le rendre conforme avec l’époque moderne. Ils recherchent activement des changements de grandes portées par rapport à la compréhension et à la pratique orthodoxe de l’Islam. Ils veulent se débarrasser des traditions locales et régionales qui se sont intégrées dans l’Islam au fil des siècles (j’ai ri).
Ils croient en outre à l’historicité de l’Islam, c’est-à-dire que l’Islam tel qu’il fut pratiqué à l’époque du Prophète reflétait des vérités éternelles aussi bien que des circonstances historiques qui étaient appropriées à son époque, mais qui ne sont plus valables aujourd’hui. Ils croient que le noyau essentiel de la croyance islamique restera non seulement intact, mais sortira renforcé par des changements, même des gros changements, qui reflètent les changements d’époques, de conditions sociales et de circonstances historiques. Leurs valeurs – la primauté de la conscience individuelle et d’une communauté fondée sur la responsabilité sociale, l’égalité et la liberté – sont facilement compatibles avec les normes démocratiques modernes.

Les sécularistes (ou laïcs) veulent que le monde musulman accepte la division entre la mosquée et l’État à la manière des démocraties occidentales, avec la religion reléguée dans la sphère privée. Ils croient en outre que les coutumes religieuses doivent être en conformité avec la loi du pays et des droits de l’homme. Les Kémalistes en Turquie, qui placèrent l’Islam sous le contrôle ferme de l’État, représentent le modèle séculariste en Islam.
Ces positions doivent être considérées comme des segments sur un continuum plutôt que des catégories divergentes. Il n’y a pas de frontières claires entre ces groupes. Certains traditionalistes s’imbriquent avec les fondamentalistes. Les plus réformistes des traditionalistes sont presque modernistes. Les modernistes les plus extrêmes sont similaires des sécularistes.
Mais en même temps, chaque groupe tient des positions différentes sur des questions devenues controversées dans le monde musulman aujourd’hui, incluant les libertés politiques et individuelles, l’éducation, le statut de la femme, la justice, la légitimité de la réforme et du changement, l’attitude à adopter vis-à-vis de l’occident.


Un programme de réforme
Ce que ce tourbillon d’idéologies requiert pour l’Occident est à la fois un ferme engagement aux valeurs occidentales et un enchainement de postures flexibles adaptés aux différents contextes, populations et pays musulmans. Cette approche peut aider à développer un Islam démocratique tout en donnant à l’Occident la polyvalence pour traiter de manière appropriée différents paramètres.

Les lignes qui suivent décrivent à quoi une telle stratégie pourrait ressembler. Il repose sur les “cinq piliers de la démocratie” pour le monde musulman. Les piliers correspondent aux postures que l’Occident devrait prendre à l’égard des quatre groupes idéologiques et des citoyens ordinaires des pays musulmans.
1. Soutenir les modernistes avant tout, promouvoir leur version de l’Islam en les équipant de plateforme de partage pour articuler et disséminer leurs visions. Il est tentant de choisir les traditionalistes en premier agent pour favoriser l’émergence d’un islam démocratique, et il apparait que c’est ce que l’occident à envie de faire. Cependant, certains problèmes très sérieux vont à l’encontre d’une telle hypothèse.
Promouvoir les traditionalistes pourrait saper l’effort de réforme interne à l’intérieur de l’Islam et empêcher les modernistes de progresser alors que les valeurs de ces derniers sont sincèrement compatibles aux nôtres. De tous les groupes, les modernistes sont les plus sympathiques aux valeurs et à l’esprit des sociétés démocratiques modernes. Nous devons donc faire avancer leur vision de l’Islam pour surmonter celle des traditionalistes.
Le modernisme, et non le traditionalisme, est ce qui marche pour l’Occident. Ceci inclut la nécessité de partir de doctrine religieuse originale, de la modifier et d’en ignorer certains éléments. L’Ancien Testament n’est pas différent du Coran en approuvant des conduites, des rites et des valeurs qui sont impensables, voire illégal, dans une société moderne. Cela ne pose pas vraiment un problème en Occident, car peu de personnes de nos jours considèrent que nous devrions tous vivre à la manière des patriarches de la Bible. Au lieu de cela, nous permettons à notre vision du véritable message du judaïsme ou du christianisme de transcender le texte littéral, que nous considérons comme une histoire et une légende.
Les sécularistes/laïcs sont aussi proches de l’Occident en terme de valeurs et de politiques. Mais certains d’entre eux sont inacceptables pour l’Occident à cause de leur anti-américanisme. De plus, les laïcs ont du mal à s’adresser aux secteurs traditionnels d’une audience musulmane.

Pour ces raisons, les modernistes sont les meilleurs partenaires de l’Occident. Malheureusement, ils sont généralement en position de faiblesse par rapport aux fondamentalistes et aux traditionalistes. Il leur manque un support puissant, des ressources financières, une infrastructure efficace et une plateforme publique. Par conséquent, les dirigeants occidentaux devraient soutenir les modernistes par ces moyens :

-Subventionner la publication et la distribution de leur travail.
-Les encourager à écrire pour des audiences de masse et pour les jeunes.
-Introduire leur vision à l’intérieur des programmes d’éducation islamique.
-Rendre leurs opinions religieuses disponibles pour une audience de masse en prenant pour modèles les fondamentalistes et les traditionalistes qui disposent de sites web, de maisons d’édition, d’écoles, d’instituts, etc.
-Positionner le modernisme et le sécularisme comme des contre-cultures pour attirer la jeunesse musulmane.
-Utiliser les médias et les programmes éducatifs dans des pays appropriés pour favoriser une prise de conscience aux musulmans qu’ils ont une histoire et une culture avant et en dehors de l’Islam.

2. Soutenir assez les traditionalistes pour les garder comme une force valable contre les fondamentalistes (dans le cas où ils sont les seuls choix). Parmi les traditionalistes, l’Occident devrait encourager ceux qui sont relativement meilleurs pour la société civile moderne : les traditionalistes réformistes. L’Occident devrait les supporter contre les fondamentalistes par ces moyens :
– Publier des critiques tradionnalistes à l’encontre de la violence et de l’extrémisme des fondamentalistes.
-Encourager les désaccords entre les traditionalistes et les fondamentalistes.
– Décourager les alliances entre les traditionalistes et les fondamentalistes.
-Encourager la coopération entre les réformistes traditionalistes et les modernistes.
-Éduquer les traditionalistes à débattre avec les fondamentalistes. Les fondamentalistes ont souvent une rhétorique supérieure, tandis que les traditionalistes pratiquent un «islam folklorique» inarticulé politiquement.Dans des endroits comme l’Asie centrale, les traditionalistes devraient être formés à l’orthodoxie islamique pour tenir dans un débat face aux fondamentalistes.
-Augmenter la présence des modernistes dans les institutions traditionalistes.
– Encourager ceux qui suivent l’école de jurisprudence hanafite afin de contrer les wahhabites/hanbalites qui sont plus conservateurs.
– Encourager la popularité et l’acceptation du Soufisme, forme traditionnelle d’un mysticisme musulman qui représente une interprétation ouverte et intellectuelle de l’Islam.

3. S’opposer énergiquement aux fondamentalistes en frappant les points vulnérables de leurs références idéologiques. Exposer les choses que ni les jeunes idéalistes dans leur cible d’audience, ni les pieux traditionalistes ne pourront pardonner à propos des fondamentalistes : leur corruption, leur brutalité, leur ignorance, leurs erreurs dans l’application de l’Islam, leur incompétence à gouverner. L’Occident devrait combattre les fondamentalistes avec ces moyens :
Récuser leur interprétation de l’Islam et exposer leurs erreurs.
Révéler leurs liens avec des groupes et des activités illégales.
Publier les conséquences de leurs actes violents.
Démontrer leur incapacité à développer leurs communautés et leurs pays.
Avoir pour cible prioritaire : les jeunes, les pieux traditionalistes, les minorités musulmanes et les femmes.
Décrire les extrémistes violents et les terroristes comme perturbés ou lâches pour casser leur image de héros.
Encourager les journalistes à investiguer à propos de la corruption, de l’hypocrisie et de l’immoralité chez les cercles fondamentalistes.
Encourager les divisions parmi les fondamentalistes.


Cette stratégie est très prometteuse. En dépit du succès du fondamentalisme à mobiliser le mécontentement de la jeunesse, surtout les jeunes hommes, beaucoup de leurs caractéristiques repoussent les jeunes. Ce défaut majeur dans la stratégie politique des fondamentalistes n’a pas encore été assez exploité.

L’Islam radical n’accorde pas une grande valeur à la vie des jeunes. En manipulant les jeunes idéalistes avec leur sens du drame et de l’héroïsme, les radicaux transforment des jeunes en chair à canon. Les madrasas éduquent les jeunes hommes à mourir jeune pour finir martyr. Si les jeunes musulmans commencent à regarder les choses à travers une lentille générationnelle, ils se demanderont pourquoi la plupart des kamikazes ont moins de 30 ans. Tu n’as pas à être jeune pour mettre une ceinture d’explosif sur toi. Si c’est si merveilleux, pourquoi les plus vieux ne participent pas ?

4. Soutenir les sécularistes/laïcs au cas par cas. L’Occident devrait encourager les laïcs à reconnaitre que le fondamentaliste est un ennemi commun et décourager les laïcs à s’allier avec des forces antiaméricaines. L’Occident devrait également soutenir l’idée que la religion et l’État peuvent être séparés en Islam et que cette séparation n’affaiblira pas la foi, mais au contraire, la renforcera.
5. Développer des institutions et programmes civiques et culturels laïques. Les organisations occidentales peuvent aider à développer des organisations civiques qui peuvent fournir un espace pour les citoyens ordinaires à l’intérieur du monde musulman pour s’éduquer afin de devenir de bons démocrates.

N’importe quelle stratégie de la sorte devrait être poursuivie en étant prudent afin d’éviter un potentiel contrecoup. L’alignement des politiques américaines avec des positions musulmanes pourrait engendrer un certain discrédit pour ceux que les Américains chercheraient à aider.
Les partenaires qui peuvent sembler appropriés dans le court terme comme les traditionalistes peuvent provoquer des conséquences non voulues dans le long terme. Pour prévenir cela, l’Occident doit adhérer avec fermeté et foi à son noyau de valeurs : démocratie, égalité, liberté individuelle et responsabilité sociale.

Auteur de l’article : Rayan

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